La belle jeunesse des Enfants Terribles

Le festival Les Enfants Terribles, qui s’est ouvert ce jeudi 18 octobre, en est cette année à sa 6e édition. Un jeune festival, donc, mais qui fait preuve d’un beau dynamisme et propose une programmation de qualité consacrée essentiellement aux courts-métrages.

Un peu plus de trente premiers films en provenance de toute l’Europe y sont projetés, sans distinction de genre. Ainsi, les courts-métrages de fiction y cotoient ceux d’animation et quelques documentaires. Soumis à des jurys professionnels (dont celui de la Critique chapeauté par l’U.C.C. et l’U.P.C.B., les deux associations de critiques belges), les films lauréats se verront primés ce samedi soir 20 octobre.

Suite à la cérémonie de remise des prix, le public pourra (re)découvrir Manu, le documentaire émouvant tourné par Emmanuelle Bonmariage sur son propre père, le célèbre Manu Bonmariage, aujourd’hui âgé de 77 ans et dont la mémoire si prolifique s’est hélas désormais diluée dans la maladie d’Alzheimer.

Mais le festival Les Enfants Terribles organise également de nombreuses activités pendant les 4 jours de l’évènement, ce qui contribue à son succès dans la région de Huy. Ainsi, des séances scolaires, des rencontres, une journée des familles ou encore des soirées musicales pleines d’ambiance viennent compléter les séances de projections, permettant donc de savourer pleinement une 6e édition qui confirme que Les Enfants Terribles ont encore de belles années devant eux.

Olivier Clinckart

https://festivallesenfantsterribles.wordpress.com

Matt Dillon, star à éclipses

Jeune premier ultra-charismatique du cinéma américain des années 80, Matt Dillon n’a pas toujours confirmé les espoirs portés en lui. Le voici de retour dans la peau d’un serial killer plus vrai que nature devant la caméra du controversé Lars von Trier, dans The House That Jack Built, qui avait fait sensation lors du dernier Festival de Cannes, où le film avait été projeté hors compétition et que nous avions brièvement évoqué à l’époque ( http://cinema-be.be/cannes-2018/the-house-that-jack-built-selection-officielle-hors-competition/ )

« J’ai décidé de me punir moi-même de vivre cette vie douillette d’acteur », déclarait Matt Dillon en 2002 à un journaliste américain lui demandant pourquoi il passait derrière la caméra avec son plutôt réussi City of Gods… Mais c’est faire l’impasse sur une carrière qui a connu quelques hauts mais surtout des bas et ne fut pas pour Dillon un long fleuve tranquille.

Tout commence pourtant sur les chapeaux de roue. Beau comme un dieu descendu sur Terre, il est remarqué à 14 ans dans son lycée par des chasseurs de talents et obtient dans la foulée le premier rôle dans le film The Edge of Town, où il interprète un jeune délinquant nommé Richie, assez proche de l’enfant turbulent qu’il est. Nous sommes en 1979, Dillon vit dans la banlieue de New York au milieu de cinq frères et sœurs dont Kevin (futur acteur-phare de la série Engrenage) et quitte avec fracas l’école pour l’Actor’s Studio de Lee Strasberg.

Les propositions s’enchaînent, mais l’étiquette du voyou beau gosse (il est une nouvelle sorte de jeune premier au cinéma, dans la lignée du Rebel without a Cause James Dean mais en beaucoup plus tordu) lui colle à la peau comme une seconde nature. Ce mauvais garçon charismatique, il va le décliner deux fois devant la caméra de Coppola, après déjà quasi 4 ans d’absence, pour un portrait romantique de l’adolescence tourmentée. C’est Rusty James et Outsiders, au milieu de jeunes loups très prometteurs mais aux destins très contrastés (Ralph Macchio, Mickey Rourke, Patrick Swayze, Tom Cruise…).

S’il est toujours l’objet de fantasmes les plus fous (en 2007 encore, la chanteuse française Constance Verluca en fait son petit ami des cours de récré avec le bien-nommé single « Matt Dillon », où elle susurre langoureusement son nom en guise de refrain!), il entend bien changer de cap et « faire vraiment l’acteur », avec un leitmotiv : « Je n’ai pas encore eu l’occasion d’exprimer toute la versatilité de ma nature », répété comme un mantra. Il en aura l’occasion dans Drugstore cowboy où il est un junkie en manque pour Gus Van Sant. L’acteur explose de fragilité à l’écran.

Hors plateau, il est aussi là où on ne l’attend pas. Dillon possède l’une des plus importantes collections au monde de musiques afro-cubaines des années 20 à 50. Il a d’ailleurs réalisé un documentaire sur le chanteur cubain Francisco Fellove. Il se débrouille aussi très bien comme percussionniste et est un grand utilisateur des réseaux sociaux où il partage sa passion pour la musique.

Les années 90 ne le verront pas beaucoup en haut de l’affiche, mais on peut retenir deux tentatives très réussies dans la comédie: la délicieuse « comédie gay » In&Out, aux côtés de Kevin Kline, et le déjanté Something about Mary des dingos frères Farrelly, où en détective privé bas du front il déroule les manigances les plus vicieuses pour séduire Mary. Il obtiendra les faveurs de son interprète, Cameron Diaz, à laquelle il se fiance un temps.

Acteur libre, mais plus beaucoup demandé, Dillon passe à la réalisation d’un épisode de la mythique série Oz, puis de son long métrage City of Ghosts évoqué plus haut. On retiendra deux rôles notables: le flic raciste de Collision et le double de l’écrivain Bukowski dans Factotum. Puis c’est la traversée du désert. Jusqu’à The House That Jack Built, brûlot génial de Lars von Trier où son physique mi-ange mi-démon sert à la perfection le rôle de ce tueur en série sans âme ou si peu. Pas sûr qu’un personnage aussi peu aimable remette en orbite cette belle comète du cinéma américain. Une chose est sûre cependant: on le verra en 2019 dans Fonzo du petit génie Josh Trank (Chronicle), en quête d’une seconde chance à Hollywood lui aussi, après l’échec des Quatre fantastiques.

Thierry Van Wayenbergh

 

 

 

 

Niet Schieten

Niet vergeten (Ne pas oublier)

♥♥♥

Le 9 novembre 1985, des malfaiteurs commettent une attaque sanglante au supermarché Delhaize, à Alost. Ils tuent aveuglément 8 innocents. Parmi eux, Gilbert, Thérèse et Rebecca Van de Steen. Le petit David Van de Steen, âgé de 9 ans, est gravement blessé et reste orphelin. Ses parents et sa sœur sont les dernières victimes de ceux qui sévissent depuis 1982 et qu’on appelle les Tueurs du Brabant. David est alors recueilli par ses grands-parents qui s’efforceront de lui donner un avenir. Pendant plus de 25 ans, son grand-père continuera à lutter pour trouver les assassins.

Les Tueries du Brabant: le plus grand mystère criminel et judiciaire belge n’est toujours pas résolu, 36 ans après les premiers faits imputés à cette sinistre bande. En 2010, un des survivants, David Van de Steen, avait raconté son douloureux combat dans un livre, “Niet schieten, dat is mijn papa!” (“Ne tirez pas, c’est mon papa”), un titre reprenant les derniers mots prononcés par la soeur de David, juste avant qu’elle ne se fasse assassiner avec ses parents sur le parking du Delhaize d’Alost.

Le livre se voit aujourd’hui adapté au cinéma par Stijn Coninx, qui ne cherche donc pas à refaire l’enquête et encore moins à axer le récit sur les tueurs, mais bien à mettre en lumière le calvaire vécu par les victimes (28 morts et plusieurs dizaines de blessés!) depuis plus de trois décennies. La famille Van de Steen, durement touchée, sert de point central à un film intimiste et profondément touchant mais qui ne verse jamais dans le pathos. Si l’émotion est plus d’une fois au rendez-vous, la colère n’est pas absente pour autant: colère face aux misérables lâches qui ont brisé sans hésitation tant de vies, mais colère aussi face à l’enquête, cet incroyable gâchis qui a mené au fiasco le plus complet jusqu’à présent.

Etalant le parcours des principaux protagonistes sur 25 années, Niet Schieten se base en grande partie sur le témoignage de David Van de Steen, même si certaines scènes ont été imaginées par le scénariste pour les besoins du film. Si David est incarné par 3 comédiens (enfant, adolescent et adulte), le grand-père, lui, a les traits d’un seul acteur, mais quel acteur! Jan Decleir (Daens, Les barons, La mémoire du tueur…) est tout simplement époustouflant dans la peau d’Albert Van de Steen, à tel point que le vrai David a eu plus d’une fois l’impression d’avoir en face de lui son défunt grand-père, décédé en 2011. Passant par tous les sentiments, Decleir livre une prestation grandiose qui démontre, si besoin en était encore, qu’il est bien le plus grand acteur belge. A ses côtés, Viviane de Muynck, dans le rôle de la grand-mère, est tout aussi impressionnante. Si elle est moins connue du côté francophone, elle n’en est pas moins une actrice de théâtre et de cinéma mythique en Flandre, qu’on a pu voir en 2017 dans le touchant La langue de ma mère (Sprakeloos).

Si les faits relatés dans Niet Schieten sont inhérents à l’actualité judiciaire belge de ces 30 dernières années, le scénario prend toutefois soin de ne jamais rendre le récit trop hermétique, utilisant juste ce qu’il faut de références sans pour autant en abuser. Le film acquiert dès lors un aspect universel en ce sens que l’histoire peut s’appliquer à bon nombre de situations similaires, à chaque fois que les victimes ont été délaissées par un système peu apte à les prendre en charge et à mesurer l’ampleur du traumatisme vécu.

Ce n’est pas la moindre des qualités de ce long-métrage qui, malgré sa durée de 2h20, se laisse regarder avec une intensité de chaque instant. « Ne tirez pas! », suppliait la soeur de David, mais les assassins ont tiré. Aujourd’hui, grâce à Niet Schieten, « N’oubliez pas! » est le message essentiel que cet excellent film transmet brillamment aux spectateurs.

Olivier Clinckart

Olivier Clinckart

 

Le cinéma en fête à Gand

La Wallonie a son Festival du Film Francophone de Namur; la Flandre, elle, a son Film Fest Gent: depuis 45 ans, la ville accueille pendant 10 jours un large public pour un évènement qui propose une programmation internationale d’une rare richesse. Depuis le 9 octobre, le Festival offre en effet au public et aux professionnels un véritable best-of des 3 grands rendez-vous européens et mondiaux que sont Berlin, Cannes et Venise. Le film d’ouverture donnait déjà le ton en la matière, avec rien moins que le superbe Girl, Caméra d’Or et Prix d’interprétation Un Certain Regard sur la Croisette. Une affaire de famille, la Palme d’Or 2018, de Kore-Eda, est également au programme, de même que Cold War, de Pawel Pawlikowski, Prix de la mise en scène à Cannes. Et ce ne sont que là que 3 exemples parmi bien d’autres.

Mais le Film Fest Gent ne se “contente” pas de projeter les meilleurs films berlinois, cannois et vénitiens. Ainsi, le très attendu Kursk, de Thomas Vinterberg, qui retrace la tragédie du sous-marin russe, ou encore Loro, le dernier film de Paolo Sorrentino qui évoque à sa manière le parcours de Silvio Berlusconi, figurent également sur la liste richement fournie du festival gantois.

Ce dernier se poursuit jusqu’au 19 octobre, toutes les informations se retrouvent (en néerlandais et en anglais) sur le site www.filmfestival.be.

Olivier Clinckart

33e Fiff: retour sur le palmarès (II)

Deux prix apparaissent comme fort logiques au palmarès du 33e Festival International du Film Francophone de Namur: les Bayard du Meilleur comédien et de la Meilleure comédienne. Ainsi, le Canadien Théodore Pellerin s’est vu récompensé pour sa belle prestation dans Genèse, film plein de sensibilité sur les premières amours de trois adolescents québécois qui cherchent leurs repères alors qu’ils sont aux portes de l’âge adulte. Si le canevas développé ne révolutionne pas un thème déjà maintes fois abordé au cinéma, le réalisateur Philippe Lesage peut compter sur de jeunes comédiens talentueux qui rendent les personnages profondément attachants. A noter que Genèse constitue le deuxième volet autobiographique du cinéaste, après Les démons, qui avait également été présenté au Fiff en 2015.

Côté féminin, Elodie Bouchez a été honorée du Bayard pour son rôle dans Pupille, le film de Jeanne Herry et Gaelle Macé. Elle y incarne une femme ne pouvant avoir d’enfants et qui cherche à adopter depuis près de 10 ans. Son parcours est mis en parallèle avec d’autres destins, dont celui d’un homme (interprété par Gilles Lellouche) qui fait office de père d’accueil temporaire pour des jeunes enfants et des bébés, ou encore d’une jeune femme qui, lors de son accouchement, décide de mettre son bébé à l’adoption. C’est un joli retour à l’avant-plan pour celle qui reçut le César de la Meilleur actrice et le Prix d’interprétation féminine à Cannes pour La vie rêvée des anges, il y a 20 ans déjà. Dans Pupille, elle est émouvante et toute en fragilité dans la peau de son personnage, dont le combat pour adopter est étalé sur plusieurs années.

Quelques instants avant l’annonce du Bayard de la Meilleure actrice, Pupille avait déjà été primé du Bayard du Meilleur scénario. Un choix plus surprenant toutefois, car si le film contient d’indéniables qualités, dont un jeu d’acteurs des plus convaincants, il pèche parfois par naïveté, au détour de quelques séquences qui, en frôlant l’angélisme, manquent singulièrement de crédibilité. Mais le récit, répétons-le, reste plaisant dans l’ensemble et prouve que Jeanne Herry, après Elle l’adore, a encore bien des choses à nous raconter.

Enfin, citons un grand oublié au palmarès: l’excellent Nos batailles, qui méritait assurément de participer à la remise des prix. Projeté lors de la soirée d’ouverture, le deuxième long-métrage de Guillaume Senez (qui avait remporté le Prix de la Critique à Namur pour Keeper) est reparti injustement bredouille. Mais le réalisateur se sera certainement vite consolé, puisque 24 heures plus tard, Nos batailles recevait le Prix de la Critique (décidément!) au Festival international du Film d’Hambourg.

Olivier Clinckart

33e Fiff: retour sur le palmarès (I)

Le 33e Festival International du Film Francophone de Namur s’est tenu du 28 septembre au 5 octobre 2018. Une édition qui a su proposer une programmation éclectique dans ses différentes sections, à commencer par la Compétition officielle. Le jury, présidé par le réalisateur Thierry Klifa, a visionné 13 films et a rendu les verdicts suivants:

-Bayard d'Or du Meilleur film: M, de Yolande Zauberman

-Prix Spécial du jury: Les tombeaux sans nom, de Rithy Panh

-Mention spéciale du jury: En liberté!, de Pierre Salvadori

-Bayard d'Or du Meilleur comédien: Théodore Pellerin, pour Genèse

-Bayard d'Or de la Meilleure comédienne: Elodie Bouchez, pour Pupille

-Bayard de la Meilleure photographie: Les tombeaux sans nom, de Rithy Panh

-Bayard du Meilleur scénario: Pupille, de Jeanne Herry et Gaëlle Macé

Les autres films en compétition étaient:

Alice T., de Radu Muntean; Charlotte a du fun, de Sophie Lorrain; Fortuna, de Germinal Roaux; The Mercy of the Jungle, de Joël Karekezi; Mitra, de Jorge Leon; Nos batailles, de Guillaume Senez; Un amour impossible, de Catherine Corsini; Weldi, de Mohammed Ben Attia.

La principale constatation qui se dégage du palmarès est que les membres du jury ont récompensé davantage des thématiques plutôt que des oeuvres cinématographiques au sens complet du terme. En effet, les deux premiers prix -le Bayard d’Or du Meilleur film et le Prix Spécial du jury- sont allés à des documentaires, certes très forts quant aux sujets abordés, mais pas forcément les plus aboutis au niveau de leur réalisation, du moins par rapport à certains autres films en compétition.

Ainsi, dans Les tombeaux sans nom, Rithy Panh poursuit le devoir de mémoire autour du terrible génocide commis par les Khmers rouges au Cambodge dans les années 70. Le superbe L’image manquante avait d’ailleurs été programmé au Fiff en 2013 et le réalisateur nous propose ici un dialogue avec les âmes des disparus et des innombrables victimes du génocide qui sont restées sans sépulture. Alternant les moments de spiritualité et les témoignages glaçants relatifs aux atrocités commises, le film fait incontestablement oeuvre utile.

Un extrait de Les tombeaux sans nom: https://cineuropa.org/fr/video/358065/

Il en va de même pour M, tourné en yiddish et qui nous emmène dans une plongée hallucinante au coeur de Bneï Brak, la capitale mondiale des juifs ultra-orthodoxes. M, c’est Menahem Lang, qui a grandi au sein de cette communauté aux préceptes rigoristes, mais où il a subi pendant des années des abus sexuels. Accompagné de la réalisatrice, l’homme revient sur les lieux du crime dont il a été la victime. Un crime qui a façonné sa personnalité et dont il n’est évidemment pas sorti indemne. C’est à un voyage noir de noir, au propre comme au figuré, que Yolande Zauberman nous convie. D’abord parce qu’une grande partie du film se déroule de nuit ou dans la pénombre, ensuite parce que ce côté sombre se voit renforcé par les résidents de Bneï Brak, entièrement vêtus de noir et dont certains propos pour le moins interpellants démontrent à quel point l’extrémisme religieux n’est pas l’apanage d’un seul culte en particulier, mais est hélas bien universel. A travers le parcours cabossé et la douloureuse reconstruction de son protagoniste principal, Yolande Zauberman a le mérite de mettre en lumière un sujet peu connu chez nous.

Un extrait de M.: https://cineuropa.org/fr/video/358230/

S’il faut, par contre, se baser également sur les qualités cinématographiques d’ensemble de ces 2 documentaires, et pas uniquement sur leur incontestable apport thématique en matière d’éveil des consciences, force est de constater qu’ils n’étaient probablement pas les 2 meilleures productions parmi les 13 en lice dans la course aux honneurs namurois. Nous reviendrons donc dans notre prochain article sur les autres films primés et oubliés au palmarès.

Olivier Clinckart

 

Fiff de Namur: dites 33 !

C’est donc ce vendredi 28 septembre que la 33e édition du Festival International du Film Francophone de Namur lance les festivités qui se tiendront pendant une semaine au sein de la capitale wallonne.

Au programme, comme chaque année, le cinéma des pays francophones et proches de la francophonie sera mis à l’honneur, dans une programmation riche de plusieurs dizaines de films programmés dans les diverses compétitions.

Et d’emblée, c’est un excellent film d’ouverture qui sera proposé aux spectateurs: rien moins que Nos batailles, de Guillaume Senez, qui avait eu les honneurs de la Semaine de la Critique en mai 2018 et où il avait fait forte impression. Nous avions commenté le film à l’époque et interviewé son réalisateur; 2 articles disponibles sur notre site via les liens suivants:

Nos batailles – Semaine de la Critique (séance spéciale)

Nos batailles: interview de Guillaume Senez

Dites 33, donc, pour un festival qui se porte décidément bien!

Olivier Clinckart

UnCut, la nouvelle plateforme belge du cinéma indépendant

Brut de cinéma

Alors que Netflix a débarqué en Belgique il y a 4 ans, la plateforme UniversCiné, présente depuis longtemps en matière de VOD, poursuit son joli parcours en ajoutant une belle corde à son arc, à savoir un service de streaming en illimité sur abonnement.

Bienvenue donc à UnCut, qui devrait convaincre sans peine les cinéphiles de souscrire à son offre: près de 1000 films d’auteurs et/ou indépendants de qualité, avec un catalogue qui s’enrichira chaque semaine de nouveaux titres. Pas de concurrence directe à Netflix, donc, mais bien une complémentarité sous forme de proposition parallèle qui plaira à coup sûr aux amateurs.

De nombreux cinéastes renommées se retrouvent au catalogue, tels que Lars Von Trier, Xavier Dolan, Michael Haneke, Woody Allen, Jacques Audiard ou encore, côté belge, le jeune et brillant tandem Adil El Arbi/Bilall Fallah, Joachim Lafosse, Michael R. Roskam etc.

Mais UnCut n’en néglige pas pour autant de nombreux films intéressants qui sont passés injustement inaperçus chez nous, faute d’une exploitation satisfaisante en salles ou d’un distributeur intéressé par leur acquisition. Ainsi, en parcourant le catalogue déjà bien fourni, nous avons eu le plaisir d’y retrouver le film danois -comme son titre ne l’indique pas- Superclasico, sorti en salles à la sauvette en plein été 2011 et resté à peine 2 semaines à l’affiche. Introuvable en DVD, jamais diffusé sur les télés francophones, cette charmante comédie dramatique de Ole Christian Madsen mérite pourtant l’attention. Cet exemple pris au hasard témoigne donc d’une réelle volonté des concepteurs d’UnCut de proposer un regard aussi curieux et diversifié que possible sur un cinéma attrayant et de qualité.

Autre point fort à souligner, les tarifs d’abonnement: 7, 99€/mois pour la formule à un écran; 9,99€/mois pour la formule 4 écrans, avec un premier mois d’essai gratuit. A ce prix-là, le cinéma en illimité se met à portée de toutes les bourses.

Pour rappel, UniversCiné est une initiative de producteurs et distributeurs indépendants belges créée en 2009, avec le soutien d’UniversCiné France, du programme Europe Creative de la Commission Européenne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. UnCut s’inscrit dans un réseau de plateformes d’exploitation de films indépendants en vidéo à la demande présent dans divers pays européens. Le réseau associé à l’initiative belge est déjà actif en France, en Espagne, au Portugal, au Luxembourg, en Allemagne, en Autriche et en Suisse.

UnCut est disponible depuis ce 18 septembre, profitez-en donc dès à présent!

https://www.uncut.be/

Olivier Clinckart

 

Mostra 2018 – Le palmarès

Pour rappel et en bref, voici le palmarès de la 75e Mostra. Un palmarès mi-figue mi-raisin, avec des évidences, telles que les prix d’interprétation masculine et féminine attribués à Willem Dafoe et Olivia Colman; et des récompenses logiques telles que celles attibuées à Yorgos Lanthimos pour The Favourite et à Jacques Audiard pour The Sisters Brothers. Le Lion d’Or, Roma (que nous n’avons malheureusement pas vu), était lui aussi cité parmi les favoris.

On sera toutefois beaucoup plus perplexe concernant le Prix du meilleur scénario décerné au frères Coen pour The Ballad of Buster Scruggs, film certes sympathique mais très inégal avec sa découpe en 6 sketches de qualité variable.

Et nous regretterons enfin profondément l’absence totale du palmarès du superbe Werk ohne Autor/Never Look Away, qui ne méritait pas de se retrouver aussi superbement ignoré par le jury présidé par Guillermo Del Toro. Sans doute est-ce là un exemple parfait de la fracture fréquente entre le public d’une part et les professionnels d’autre part. Il est en effet intéressant de noter que, dans le magazine quotidien qui paraît à Venise pendant la Mostra, un panel de spectateurs choisis pour coter la Compétition officielle attribuait, sur un maximum possible de 5 étoiles, la note de… 4,7 à Werk ohne Autor, de très loin la meilleure cotation sur les 21 films en compétition! Dommage, donc, que dans ce cas-ci, public et professionnels n’aient pas été sur la même longueur d’ondes!

Lion d’Or du meilleur film : Roma d’Alfonso Cuaron
Lion d’Argent Grand Prix du jury : The Favourite de Yorgos Lanthimos
Lion d’Argent de la meilleure mise en scène : Jacques Audiard pour The Sisters Brothers
Prix du meilleur scénario : Joel et Ethan Coen pour The Ballad of Buster Scruggs
Prix spécial du jury : The Nightingale de Jennifer Kent
Coupe Volpi de la meilleure interprète féminine : Olivia Colman dans The Favourite
Coupe Volpi du meilleur interprète masculin : Willem Dafoe dans At Eternity’s Gate
Prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir : Baykali Ganambarr dans The Nightingale

Olivier Clinckart