70e Berlinale: Ne pas effacer l’historique

La meilleure surprise d’une Compétition officielle très en demi-teinte jusqu’à présent, c’est incontestablement Effacer l’historique (♥♥♥), la comédie française du tandem Gustave Kervern-Benoît Delépine. Les deux cinéastes reviennent très en forme avec leur satire du monde 2.0 dans lequel nous vivons, où tous les satellites et les technologies numériques qui nous entourent sont censés nous rendre la vie tellement plus simple, mais ne font en réalité que la compliquer toujours davantage.

Effacer l'historique
© Les Films du Worso / No Money Productions

Les trois interprètes principaux contribuent pleinement à la réussite du film: Blanche Gardin démontre qu’elle n’est pas “seulement” une excellente humoriste mais aussi une très bonne actrice, Corinne Masiero fait toujours preuve du même bagoût et de la même spontanéité et Denis Podalydès livre une prestation à la hauteur de son talent. Leurs personnages -accompagnés par quelques caméos très savoureux- sont tous les trois paumés dans cette société qui va trop vite pour eux et qui ne fait, au final, que renforcer leur solitude. Mais heureusement, rien n’est perdu et ils vont démontrer que la solidarité n’est pas un vain mot!

La grande force du film réside dans cette capacité à faire rire très souvent alors qu’il aborde en fait des réalités aussi effarantes qu’inquiétantes de notre société moderne. Cet équilibre subtil développé par Kervern et Delépine débouche sur une fort agréable surprise qui mérite assurément de repartir de la Berlinale avec l’une ou l’autre récompense.

Dans un registre très différent, un autre film, italien celui-là, mérite également l’attention. Hidden Away (Volevo Nascondermi pour le titre original) (♥♥1/2), de Giorgio Diritti, évoque la vie étonnante et le parcours cabossé du peintre naïf Antonio Ligabue (1899-1965). L’homme, dont les troubles psychiatriques asses sévères dont il souffrait , fut d’abord traité comme un paria de la société, avant qu’un autre peintre, conscient de son talent, ne l’héberge et lui permette, peu à peu, de connaître une existence meilleure, même si son entourage n’était pas composé uniquement de gens désintéressés.

Hidden Away (Volevo Nascondermi)
© Chico De Luigi

L’exercice du biopic n’est jamais simple, mais celui-ci a le mérite, malgré sa forme assez classique, de mettre en lumière le destin d’un homme hors du commun et de le faire connaître auprès du plus grand nombre. Le comédien Elio Germano compose une incarnation époustouflante d’Antonio Ligabue et un Ours d’Argent du Meilleur acteur se justifierait pleinement à ce stade-ci de la Compétition.

Enfin, Philippe Garrel revient avec son dernier long-métrage, Le sel des larmes (♥♥), qui raconte le parcours de Luc, jeune homme fraîchement débarqué à Paris pour y suivre des études de menuiserie et marcher ainsi dans les pas de son père. Il fait la rencontre de la ravissante Djemila et son coeur ne tarde pas à battre la chamade pour cette jolie jeune femme. Mais la difficulté de poser des choix clairs ne sera pas sans influence sur la vie de Luc.

Le sel des larmes
© G. Ferrandis 2019/RECTANGLE PRODUCTIONS CLOSE UP FILMS-ARTE FRANCE CINEMA RTS RADIO TELEVISION SUISSE

C’est avec un beau noir et blanc, qui donne à l’ensemble un charme désuet, que Garrel suit ses personnages et décrit l’inconstance de son personnage principal dans son parcours sentimental, sans pour autant le juger. Il en découle une jolie réflexion sur le temps qui passe et les amours perdues dont on regrette leur saveur tout en sachant pertinemment bien qu’elles ne reviendront plus. Aux côtés de Logann Antuofermo (Luc), on retrouve Oulaya Amamra, Louise Chevillotte, Souheila Yacoub et le touchant André Wilms dans le rôle du père.

Certes, grand admirateur de l’oeuvre de Godard et de Truffaut, Garrel fait du Garrel et ne se renouvelle pas. Mais qu’importe s’il continue à raconter les mêmes choses, tant qu’il les raconte bien.

Olivier Clinckart

70e Berlinale: les premiers films en Compétition officielle

Le premier long weekend de la Berlinale aura laissé une impression en demi-teinte quant aux premiers films de la Compétition officielle.

Pour son second long-métrage, The intruder (El Profugo) () la réalisatrice argentine Natalia Meta a voulu apporter une touche de fantastique au Festival. Le personnage principal du film, Inés, est chanteuse dans une chorale de Buenos Aires et officie également dans le doublage, où elle prête sa voix pour la version en langue espagnole de productions étrangères. Mais depuis qu’elle a vécu une expérience traumatisante lors de vacances récentes, elle souffre d’insomnies et fait de violents cauchemars. Et les choses ne semblent pas s’améliorer, puisque les micros du studio de doublage enregistrent à présent des sons étranges qui paraissent provenir des cordes vocales d’Inés.

The intruder (El Profugo)
© Rei Cine SRL, Picnic Producciones SRL

Natalia Meta a adapté un roman d’horreur très connu en Argentine, El mal menor, de C.E. Feiling. Il en résulte une tentative pas franchement réussie de film de genre où le scénario brille un peu trop par son absence et ne se démarque en rien de nombreuses productions du même acabit. Il faut néanmoins saluer le travail sur le son ainsi que la prestation de l’actrice principale Erica Rivas, mais l’intrigue en elle-même s’oublie très rapidement.

On ne sera guère plus élogieux à l’égard de First Cow () , de Kelly Reichardt, même si la Critique était davantage divisée sur le film de la cinéaste américaine (Wendy & Lucy, Night Moves, Certain Woman). C’est que l’on accroche ou pas au style de la réalisatrice, qui propose ici un western en forme de comédie, à moins qu’il ne s’agisse d’une comédie en forme de western. Quoi qu’il en soit, le scénario suit le cheminement de deux hommes amenés à devenir amis et qui tentent de survivre dans ce qui va devenir la Colombie britannique, en chapardant du lait sur la seule vache des environs. Lait grâce auquel ils vont penser faire de bonnes affaires en préparant des petits gâteaux qui ne vont pas tarder à attirer de nombreux amateurs.

First Cow
© Allyson Riggs/A24

On est évidemment à mille lieues de l’imagerie traditionnelle du western hollywoodien dans First Cow (tourné par ailleurs dans le format particulier 1,37:1), et c’est clairement ce qui aurait pu en faire son originalité. En lieu et place, Kelly Reichardt choisit dès la pemière scène de nous expliquer -même si on ne le comprend pas immédiatement- ce qui va arriver aux deux protagonistes de son récit. Et pour en arriver là, justement, encore faudra-t-il patienter longuement, le temps pour le scénario d’avancer avec une lenteur qui nous désintéresse rapidement des aventures des deux compagnons de route. Et l’humour très premier degré -et franchement pas vache- des situations qui se veulent comiques ne nous a pas davantage convaincus. Pas de quoi boire du petit lait, donc, en sortant de la projection, si ce n’est pour le soin apporté à la photographie.

Le manque d’enthousiasme sera identique en ce qui concerne All the Dead Ones (Todos os Mortos) () qui ne ment pas sur son titre, tant il est souvent d’un ennui mortel. La faute peut-être à un projet ambitieux mais rendu de manière complexe par  le duo de réalisateurs -Caetano Gotado et Marco Dutra- et dès lors difficilement abordable à tout qui n’en possède pas les clés de lecture. Située en 1899, quelques années après l’abolition de l’esclavage au Brésil, l’histoire suit quelques femmes de la famille Soares, qui a jadis fait fortune dans le commerce du café, et d’anciennes esclaves devenues domestiques de la famille précitée. Dans ce monde en pleine évolution, où les anciennes règles n’ont plus cours mais sans pour autant avoir déjà été remplacées par de nouvelles dispositions claires, les relations entre les personnages n’auront rien de simple.

All the Dead Ones (Todos os Mortos)
© Hélène Louvart/Dezenove Som e Imagens

Il ne fait aucun doute que Caetano Gotado et Marco Dutra ont voulu dire de nombreuses choses quant à l’évolution de leur pays et il est fort probable aussi qu’il faille y voir également une allusion au Brésil contemporain. Mais la relative opacité du récit, la qualité fort variable des interprètes et le manque cruel de rythme -un comble alors que la musique est assez souvent présente dans le film- font qu’il est bien difficile de s’intéresser à All the Dead Ones autrement que pour les quelques évènements marquants de l’histoire du Brésil qu’il porte à notre connaissance.

Olivier Clinckart

 

70e Berlinale: Une fringante septuagénaire

A l’instar de Cannes et Venise, les 2 autres grands festivals européens, Berlin passe à son tour le cap symbolique des 70 années d’existence. Créé en 1951, il se tenait initialement en été avant de migrer depuis 1978 vers le climat moins généreux du mois de février. Qu’importe! Si la météo n’incite guère à flâner dans cette grande ville (quoique certaines éditions ont connu un climat particulièrement doux et ensoleillé), ce n’est qu’une motivation supplémentaire pour découvrir un maximum de films bien au chaud dans les salles obscures.

Le tant convoité Ours d'Or
Ali Ghandtschi © Berlinale 2008

Qui dit édition anniversaire dit parfois aussi changement. Celui d’envergure est l’arrivée d’un duo de directeurs pour remplacer Dieter Kosslick, qui a tiré sa révérence l’an dernier après avoir dirigé la Berlinale depuis 2002. Ces successeurs sont Mariette Rissenbeek et Carlo Chatrian.

Mariette Rissenbeek et Carlo Chatrian
© Alexander Janetzko

Mais un autre ancien directeur a aussi fait indirectement parler de lui -et de manière bien plus négative- peu avant le début de cette 70e Berlinale. Alfred Bauer, qui a été le tout premier à diriger le Festival de 1951 à 1976, aurait eu un rôle actif dans le cinéma de propagande nazi, sous les ordres de Josef Goebbels. C’est le journal Die Zeit qui a exhumé ce passé que Bauer aurait tenté méticuleusement d’effacer après la guerre.

Alfred Bauer, directeur de la Berlinale de 1951 à 1976

Une révélation des plus embarrassantes pour la Berlinale, puisqu’une de ses récompenses les plus prestigieuses est précisément dénommée « Prix Alfred-Bauer, qui ouvre de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique ou offre une vision esthétique novatrice et singulière ». Ne voulant laisser aucune place à la polémique, les organisateurs ont rapidement tranché: ledit prix est suspendu, au moins pendant le temps nécessaire pour mener des recherches approfondies quant au rôle exact joué par Alfred Bauer pendant la sombre période nazie.

C’est donc le jeudi 20 février que le rideau s’est ouvert sur cette 70e édition, avec la projection (hors compétition) de My Salinger Year, du Canadien Philippe Falardeau avec Sigourney Weaver et Margaret Qualley. Basé sur l’oeuvre éponyme de Joanna Rakoff, le film raconte l’histoire d’une jeune femme rêvant de devenir écrivaine et qui réussit à se faire embaucher comme assistante de l’agente littéraire de J. D. Salinger.

Dès le lendemain, 21 février, la Compétition officielle allait pouvoir dévoiler ses premiers titres.

Olivier Clinckart

Mostra 2019 – Les pronostics

La 76e édition de la Mostra de Venise se clôture ce samedi soir 7 septembre avec la remise des pris, dont le prestigieux et tant convoité Lion d’Or. Nous saurons donc à qui le jury présidé par   va décerner les fameux lauriers. En attendant, voici nos récompenses idéales:

-en joker: La vérité et Mafia is Not What It Used To Be , les 2 films de la Compétition officielle que nous n’avons pas vus.

-Prix spécial du jury: The Perfect Candidate de Haifaa Al Mansour

-Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir: Eliza Scanlen dans Babyteeth

-Prix du meilleur scénario: The Laundromat de Steven Soderbergh

-Coupe Volpi meilleure interprétation masculine: Joaquin Phoenix dans Joker ou Mark Rylance dans Waiting for the Barbarians

-Coupe Volpi meilleure interprétation féminine: Scarlett Johannson dans Marriage Story

-Lion d’Argent du meilleur réalisateur: Pietro Marcello pour Martin Eden

-Lion d’Argent – Grand Prix du jury: J’accuse de Roman Polanski

-Lion d’Or: A herdade/The Domain de Tiago Guedes

 

Pour rappel, notre cotation des films vus en Compétition officielle:

A herdade/The Domain ♥♥♥1/2

Joker ♥♥♥1/2

J accuse ♥♥♥

Marriage Story ♥♥♥

Martin Eden ♥♥♥

The Laundromat ♥♥♥

Babyteeth ♥♥1/2

Il Sindaco del Rione Sanita ♥♥

The Perfect Candidate ♥♥

Waiting for the Barbarians ♥♥

Wasp Network ♥♥

Ad Astra ♥1/2

The Painted Bird ♥1/2

Gloria Mundi ♥1/2

Guest of Honour ♥1/2

N°7 Cherry Lane ♥1/2

Ema ♥1/2

Saturday Fiction

About Endlessness

Olivier Clinckart

Gloria Mundi – Mostra 2019 – Compétition officielle

 ♥1/2

Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria.
Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie…
En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.