71e Berlinale: Entre passé et futur

Pour ce premier jour de Berlinale virtuelle, le passé et le futur se sont côtoyés dans deux des films en Compétition officielle.

Le passé tout d’abord, avec le très beau Memory Box (♥♥♥), de Joana Hadjithomas and Khalil Joreige, qui évoque le souvenir douloureux de la guerre civile au Liban, dans les années 80. De nos jours, Maia vit à Montréal avec sa mère Téta et Alex, sa fille adolescente. La veille de Noël, une caisse est livrée à leur domicile. Elle contient les journaux, cassettes audio et photos que Maia avait confiés à sa meilleure amie lors de son départ du Liban. Si Maia refuse d’ouvrir ce tiroir aux souvenirs, Alex, elle, ne résiste pas à la tentation de découvrir secrètement quelle a pu être la jeunesse de sa mère que cette dernière n’évoque jamais.

Clémence Sabbagh (Téta), Paloma Vauthier (Alex), Rim Turki (Maia)
© Haut et Court - Abbout Productions - Micro_Scope


Difficile d’affronter les blessures du passé, surtout quand elles s’inscrivent dans un contexte aussi tourmenté que celui de la guerre. Mais en ouvrant la boîte de Pandore, la fille de Maia va pousser sa mère à enfin faire face. Depuis de nombreuses années, les 2 co-réalisateurs, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, s’interrogent sur le rôle de la mémoire dans la création d’images et l’écriture de l’histoire contemporaine. Le couple s’est inspiré ici des propres journaux et bandes audio de Joana et des photographies de guerre de Khalil pour construire l’histoire de Maia et Alex. Cette démarche personnelle débouche sur un film touchant qui ne cherche jamais à forcer l’émotion mais livre un dialogue intergénérationnel sur fond de découverte de ses racines et de réflexion universelle sur les ravages de la guerre. Pour autant, cette fiction se révèle pleine de vie et d’espoir et nous offre une belle prestation des actrices principales.

Manal Issa, Rea Gemayel, Michele Bado, Reina Jabbour -
© Haut et Court - Abbout Productions - Micro_Scope

Dans un tout autre registre, Ich bin dein Mensch / I’m Your Man (♥♥) nous plonge dans un futur hypothétique, mais pour combien de temps encore, au vu des évolutions galopantes de la technologie? Le film raconte l’histoire de Alma, une scientifique qui accepte de participer à une expérience extraordinaire. Pendant trois semaines, elle va vivre avec Tom, un robot humanoïde dont l’intelligence artificielle a été conçue pour lui permettre de représenter le partenaire de vie idéal de la jeune femme. Bien déterminée à ne pas laisser son esprit cartésien être décontenancé par cette machine, Alma va peu à peu se rendre compte qu’il n’est pas si simple de savoir raison garder.

Dan Stevens (Tom), Maren Eggert (Alma)
© Christine Fenzl

Métaphore poussée à l’extrême des rencontres virtuelles, I’m Your Man développe un conte tragi-comique qui explore habilement les notions d’amour et de désir dans une société moderne où les relations amoureuses se sont retrouvées chamboulées par l’apparition de moyens de communication permettant à tout un chacun d’établir un menu bien précis de qu’il souhaite ou ne souhaite pas. Au risque de ne plus laisser aucune chance au hasard. Maria Schrader, récompensée en 1999 à la Berlinale en tant qu’actrice pour Aimée et Jaguar, réalise le présent film et met en vedette un duo qui fait preuve d’une belle alchimie, Maren Eggert et Dan Stevens. Sandra Hüller (Toni Erdmann, Une valse dans les allées) est également de la partie dans un second rôle.

Dan Stevens, Sandra Hüller
© Christine Fenzl

Olivier Clinckart

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