71e Berlinale: Un festival au féminin (II)

Avec Wheel of Fortune and Fantasy (♥♥1/2) , Ryusuke Hamaguchi met en avant plusieurs personnages féminins dans un film divisé en 3 sketches bien distincts mais qui connaissent tous une conclusion inattendue.

Triangle amoureux inattendu, piège de séduction raté et rencontre résultant d’un malentendu: voilà les composantes de ces 3 contes moraux qui amènent les protagonistes à poser des choix importants. Un peu à la manière d’un Eric Rohmer, le réalisateur japonais nous fait témoins de moments qui se cristallisent en des destinées universelles marquées par des choix, des regrets, des tromperies et des coïncidences.

Kiyohiko Shibukawa, Katsuki Mori - © 2021 Neopa/Fictive

Les séquences, qui se déroulent essentiellement en huis-clos, offrent également une radiographie de la société japonaise qui reste peu fréquente, en ce sens qu’elle se rapporte aux sentiments et à l’intime, incluant de ci de là une connotation érotique, en particulier au cours d’une lecture qui ne manque pas de sel. Avec ses dialogues travaillés et ses personnages attachants malgré leurs failles, Wheel of Fortune and Fantasy se laisse volontiers apprécier.

Fusako Urabe, Aoba Kawai - © 2021 Neopa/Fictive

La 70e Berlinale, en 2020, avait couronné There is No Evil, de Mohammad Rasoulof, ce dernier étant d’ailleurs membre du jury cette année. Et si, un an plus tard, l’Ours d’or revenait à nouveau à un film iranien? Cette performance, Ballad of a White Cow (♥♥♥1/2) mériterait de l’accomplir. Car les deux co-réalisateurs Behtash Sanaeeha et Maryam Moghaddam développent magistralement un récit centré autour de la culpabilité et l’expiation.

Maryam Moghaddam - © Amin Jafari

Babak, le mari de Mina (qui est mère d’un enfant malentendant), a été exécuté après avoir été jugé coupable d’un meurtre. Or, un an après cette exécution, Mina est informée d’un élément qui va bouleverser une nouvelle fois profondément son existence. Peu de temps après, un inconnu nommé Reza frappe à sa porte, lui affirmant qu’il est venu rembourser une dette qu’il avait envers Babak. Mais les motivations de cet homme sont-elles aussi claires qu’il y paraît?

Alireza Sanifar - © Amin Jafari

Le film s’ouvre sur un extrait du Coran et de la sourate de la vache: « Et rappelez-vous quand Moïse a dit à son peuple: « Allah vous ordonne de tuer une vache ». Ils ont répondu: « Vous moquez-vous de nous? »  » Cette phrase prend peu à peu tout son sens, au fur et à mesure que les liens entre les protagonistes se précisent et que la critique même pas voilée du système judiciaire iranien et de la peine de mort qui y est encore appliquée se fait plus incisive. Avec ses dialogues brillants, une mise en scène irréprochable et l’interprétation magistrale de Maryam Moghaddam (qui est donc devant et derrière la caméra), Ballad of a White Cow pourrait fort bien prétendre à une balade vers la plus haute marche du podium berlinois.

Lilli Farhadpour, Maryam Moghaddam - © Amin Jafari

Olivier Clinckart

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