Berlinale 2018: la Compétition se poursuit

La Compétition officielle du Festival de Berlin poursuit son rythme de croisière depuis son ouverture le jeudi 16 février. Poursuivons notre tour d’horizon des films en Compétition officielle, avec plusieurs titres qui n’ont pas pleinement répondu aux attentes.

Dovlatov évoque une partie de la vie de l’écrivain russe du même nom, Sergueï Dovlatov, mort à seulement 48 ans en exil aux Etats-Unis, où il vivait depuis 1979 après quitté l’U.R.S.S. où sa liberté de ton était proscrite. Le réalisateur Alexey German Jr. situe son récit à Leningrad en novembre 1971, tout au long de six journées s’articulant autour de la célébration annuelle de la révolution russe et des grandes difficultés que rencontre Dovlatov pour se faire publier, lui qui refuse obstinément de se plier aux contraintes littéraires fixées par le régime communiste soviétique. Si l’évocation historique proprement dite ne manque pas d’intérêt, de même qu’elle met en lumière la lutte d’un écrivain qui refuse d’abandonner sa liberté de penser, le film n’en devient pas moins excessivement répétitif après sa première heure, de sorte que l’intérêt pour l’histoire s’effiloche peu à peu.

Figlia Mia (Daughter of Mine), unique film italien en Compétition officielle cette année, est une nouvelle déception à mettre à l’actif -ou plutôt au passif- de Laura Bispuri. On lui devait déjà Vierge sous serment (Sworn Virgin) en 2015, au sujet troublant et interpellant et également présenté à Berlin, mais développé de façon ultra-conformiste et sans la moindre passion. Il en va de même pour Figlia Mia, qui narre l’histoire d’une fillette de dix ans qui sera bientôt confrontée au secret de ses origines; un secret -très facile à deviner- qui va mettre aux prises deux femmes au sujet d’une question douloureuse de maternité.

Si l’actrice Alba Rohrwacher tire à peu près son épingle du jeu en mère biologique irresponsable et portée sur la bouteille, le reste du récit ne présente guère d’intérêt à force de s’étirer paresseusement sous le soleil de la Sardaigne et d’accumuler un paquet de clichés ainsi qu’une furieuse sensation de déjà vu et revu.

Transit, de Christian Petzold (réalisateur des excellents Barbara et Phoenix) propose une trame narrative assez originale: de nos jours à Marseille, des réfugiés tentent de fuir les forces d’occupation fascistes qui se rapprochent de la ville. Un écrivain allemand, Georg, va prendre l’identité d’un écrivain décédé depuis peu pour profiter de son visa et fuir le continent pour embarquer à bord d’un navire en partance pour l’Amérique.

En abrogeant les barrières du temps, Petzold a donc construit une dystopie plutôt intéressante: le personnage principal porte des vêtements datant des années 40 et les fascistes organisent des rafles en plein jour, mais tout se passe à notre époque. Parfaite occasion pour que le scénario établisse des passerelles évidentes entre ces temps sinistres du 20e siècle et la période troublée que nous vivons aujourd’hui, avec le drame des migrants et la montée des nationalismes de tous bords qui font redouter le pire.

Ce choix de mise en scène crée donc une atmosphère étrange qui se voit toutefois tempérée par un trop grand brassage de thématiques différentes. A force de vouloir courir trop de lièvres à la fois, Petzold n’arrive pas à se concentrer sur un sujet susceptible de procurer l’intensité dramatique suffisante à l’intrigue. Par ailleurs, en reprenant un thème qui lui semble cher (l’usurpation d’identité, déjà utilisée dans Phoenix), le réalisateur ne se renouvelle pas vraiment. Ce qui n’enlève rien à la belle prestation d’acteurs de Franz Rogowski et de la toujours séduisante et troublante Paula Beer, remarquée par le public francophone dans Frantz de François Ozon.

Enfin, Eva, de Benoît Jacquot, permettait à la Berlinale d’accueillir Isabelle Huppert, qui tient le rôle principal aux côtés de Gaspard Ulliel. Le film s’inspire du roman éponyme de James Hadley Chase, qui avait déjà été adapté au grand écran en 1962 par Joseph Losey (avec Jeanne Moreau et Stanley Baker). Hélas, cette adaptation-ci n’a guère de saveur et on s’interroge sur ce qui a poussé les sélectionneurs à placer ce film en Compétition officielle. Ulliel incarne un gigolo qui dérobe la manuscrit d’une pièce de théâtre à un vieil écrivain qui vient de mourir sous ses yeux. Contre toute attente, la pièce rencontre un gros succès, mais l’usurpateur -encore une histoire d’usurpation!- se voit mis le dos au mur lorsqu’il doit se mettre à la rédaction d’une nouvelle pièce pour confirmer son succès initial. Une rencontre inopinée avec une prostituée d’âge mûr -incarnée par Isabelle Huppert- va venir compliquer encore un peu plus sa situation. Pitch prometteur mais résultat bien décevant, Jacquot ne parvenant jamais à faire décoller une intrigue platement filmée, avec des acteurs visiblement tout aussi platement dirigés. Isabelle Huppert se contente d’ailleurs du minimum syndical, pas mauvaise, certes, mais sans jamais exprimer la pleine mesure de son talent. Eva… et ne va pas, donc!

Heureusement, la Berlinale réserve aussi de très bonnes surprises, comme nous aurons l’occasion de l’expliquer dans notre prochain compte-rendu.

Olivier Clinckart

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *