La Berlinale en noir et blanc

Même si certains films se sont avérés hauts en couleurs dans la Compétition officielle de cette année, deux productions en lice pour l’Ours d’or ont, elles, été tournées en noir et blanc.

C’est ainsi que le réalisateur Lav Diaz revenait en Compétition à la Berlinale, deux ans après y avoir décroché le Prix Alfred-Bauer pour A Lullaby to the Sorrowful Mystery, film-fleuve de… 485 minutes (!), qui allait être suivi quelques mois plus tard par The Woman who Left, de 226 minutes « seulement » et qui allait remporter la récompense suprême -le Lion d’Or- à la Mostra de Venise.

Voici donc le Philippin de retour à Berlin avec Season of the Devil, qui ne risque pas de réconcilier les amateurs de courts-métrages avec le cinéaste : pendant 234 minutes, le film -dont le récit se situe à la fin des années 70 sous la dictature de Ferdinand Marcos- fait se succéder de nombreuses séquences tantôt chantées, tantôt parlées, tantôt silencieuses, la plupart du temps dans de longs plans fixes dont on ne tarde pas à se lasser, à moins de parvenir à y déceler, comme c’est le cas pour certains, une poésie qui nous échappe.

Plusieurs jurys ont déjà été séduits par le style de Diaz dans un passé récent, mais il n’en reste pas moins que la radicalité de son cinéma reste, par essence, confidentiel et ne s’adresse qu’ à un public restreint d’inconditionnels dont nous ne faisons pas partie.

Il en va tout autrement pour Trois jours à Quiberon, d’Emily Atef, qui comme son titre ne l’indique absolument pas, évoque trois jours dans la vie de l’actrice Romy Schneider, alors en cure dans cette ville de Bretagne. Une cure censée soigner ses doutes existentiels et l’addiction à l’alcool et aux médicaments causée par ces angoisses. Mais ces dernières ne sont jamais bien loin et l’interview que la comédienne accepte d’accorder à un journaliste particulièrement incisif et à un ami photographe du magazine allemand Stern vont remuer en elle de nombreux sentiments perturbants. L’actrice Marie Bäumer incarne Romy Schneider avec un mimétisme saisissant, dans cette évocation réussie. Bäumer n’a, il est vrai, pas été choisie au hasard par la réalisatrice, cette ressemblance frappante avec son modèle ayant évidemment joué en sa faveur. Pour autant, encore fallait-il être en mesure d’incarner une Romy crédible, ce que Maria Bäumer réussit à faire avec brio. Notre seule réserve viendra de l’utilisation du noir et blanc, un choix esthétique qui, à nos yeux, entraîne dans ce cas bien précis une certaine distance avec les protagonistes. Mais c’est là l’unique bémol d’un film qui remplit fort bien sa mission, de même qu’il nous éclaire sur des faits peu connus du public francophone et donne envie de se documenter sur cette longue interview réalisée quelques mois avant la mort accidentelle de David, le fils de Romy, suivi peu de temps après par le décès de l’inoubliable interprète de Sissi.

Olivier Clinckart

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *