69e Berlinale: les verdicts

La 69e édition de la Berinale a vécu! Le jury présidé par Juliette Binoche a rendu ses verdicts tant attendus. Voici le palmarès et nos commentaires:

Prix Alfred-Bauer (qui ouvre de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique ou offre une vision esthétique novatrice et singulière) :  System Crasher, de Nora Fingscheidt (notre pronostic était: Öndög de Wang Quan’an)

Ours d’argent de la Meilleure contribution artistique : Rasmus Videbaek, pour la cinématographie de Out Stealing Horses (notre pronostic était: The Golden Glove, de Fatih Akin)

Ours d’argent du Meilleur scénario : Maurizio Braucci, Claudio Giovannese et Roberto Saviano pour Piranhas  (notre pronostic était: A Tale of Three Sisters)

Ours d’argent de la Meilleure actrice : Yong Mei pour So Long, My Son (notre pronostic était: Helena Zengel dans System Crasher ou Zorica Nusheva dans God exists, Her Name is Petrunija)

Ours d’argent du Meilleur acteur : Wang Jingchun pour So Long, My Son (notre pronostic était: Jonas Dassler dans The Golden Glove)

Ours d’argent de la Meilleure réalisation: Angela Schanelec pour I was at home, but  (notre pronostic était: Agnieszka Holland, pour Mr. Jones)

Ours d’argent – Grand Prix du jury: Grâce à Dieu, de François Ozon (notre pronostic était: Grâce à Dieu, de François Ozon.)

Ours d’Or du Meilleur film : Synonymes, de Navad Lapid (notre pronostic était: So Long, My Son de Wang Xiaoshuai)

C’est donc, comme nous le redoutions, le triomphe d’un certain parisianisme prétentieux: en décernant l’Ours d’Or à Synonymes, le jury de Juliette Binoche a  récompensé une oeuvre qui brasse du vide pendant 2h. Du cinéma confidentiel comme on le déteste, du pseudo cinéma d’auteur qui est surtout du cinéma « de hauteur »: ne s’adressant qu’à un petit groupe d’initiés qui se pâmeront devant l’abondance de métaphores censées nous transmettre un message. Certains ont même cru voir du Godard façon Nouvelle Vague dans la mise en scène. Sauf que le mouvement novateur -incontestable- initié par Godard et quelques autres, c’était il y a près de 60 ans. Qu’apporte donc Navad Lapid de novateur au cinéma?

La même question se pose au sujet de I was at home, but, honoré de l’Ours d’Argent de la Meilleure réalisation. Sifflé lors de sa projection à la presse, le film d’Angela Schanelec ne génère qu’un ennui profond et se veut tout aussi prétentieux dans son développement que Synonymes. Ceux qui privilégient le cinéma qui raconte une histoire resteront inévitablement sur leur faim: Schanelec se parle surtout à elle-même, se regarde filmer dans un miroir et trouve apparemment le spectacle passionnant. Elle est bien la seule (hormis le jury de la Berlinale, évidemment).

Une bonne partie des autres récompenses nous interpelle également: si System Crasher, par exemple, méritait assurément d’être primé pour l’interprétation de la jeune Helena Zengel, nous percevons mal en quoi le film « ouvre de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique ou offre une vision esthétique novatrice et singulière », selon la définition du prestigieux Prix Alfred-Bauer. Que Öndög ait été exclu du palmarès nous apparaît dès lors comme une aberration.

Enfin, notre grand favori, So Long, My Son, est loin de repartir bredouille, puisqu’il cumule les prix de la Meilleure interprétation masculine et féminine. Et l’interprétation de Wang Jingchun et Yong Mei est effectivement remarquable. Mais le film l’est également dans son entièreté et méritait largement une récompense globale, à savoir l’Ours d’Or. La sélection de la Compétition officielle de cette 69e Berlinale s’est avérée de moyenne facture; son jury, lui, s’est carrément montré médiocre.

Olivier Clinckart

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