70e Berlinale: 3 films d’Asie pour conclure

Hasards de la programmation, ce sont 3 films en provenance d’Asie -ou réalisés par des cinéastes originaires du continent asiatique- qui ont fermé la marche des 18 longs-métrages en Compétition officielle.

Autant commencer par le moins passionnant des 3, et de loin. Days (titre original: Rizi) ( ) film taïwanais réalisé par Tsai Ming-Liang, un cinéaste qui peut se targuer d’un joli palmarès, puisqu’il décrocha entre autres le Lion d’or à Venise en 1994 et a déjà été maintes fois présent à la Berlinale où il remporta un Ours d’argent en 2014.

Days
© Homegreen Films

Film sans dialogue, mais pas muet pour autant, puisque le réalisateur joue avec les sons qui contrastent ainsi avec le silence de ses deux protagonistes. La photo illustrant le film est d’ailleurs particulièrement trompeuse, car elle laisse présager d’une certaine sensualité et d’un récit animé par la passion. C’est tout le contraire: Tsai Ming-Liang nous impose une longue succession de plans fixes interminables et sans aucun intérêt: le personnage principal lavant ses légumes ou écoutant, assis sur une chaise, la pluie tomber, des casseroles dans lesquelles cuisent le repas du soir, l’autre personnage principal arpentant lentement une rue déserte, etc.

Certes, Days contient un aspect méditatif et un appel à la contemplation indéniables, de même que le travail sur le son est à souligner. Mais étalées sur 127 minutes, ces séquences n’ont réussi à susciter chez nous qu’un ennui des plus profonds. Le cinéma d’auteur dans ce qu’il a assurément de plus hermétique!

Irradiés (♥♥♥), de Rithy Panh, est le seul documentaire présent en Compétition officielle. Une nouvelle oeuvre remarquable du réalisateur qui poursuit inlassablement le travail de mémoire. Ici, ce n’est pas uniquement au Cambodge qu’il s’attache, mais aux ravages causés par de nombreuses guerres du 20e siècle, dressant ainsi  un constat implacable sur la folie destructrice dont est capable l’être humain.

Irradiés
© Rithy Panh

Usant d’un montage aussi audacieux que minutieux -l’écran, divisé en 3, nous fait voir la plupart du temps 2 images identiques à ses extrémités et une 3e différente en son centre- Rithy Panh nous montre et nous remontre l’horreur dans sa pleine dimension. Images d’archives terrifiantes hélas déjà vues et revues pour certaines d’entre elles, mais qu’il faut néanmoins revoir pour toujours garder à l’esprit les abominations causées au nom des idéologies fanatiques.

A ces images, le réalisateur ajoute des dialogues à la tonalité poétique et métaphysique lus en voix off par André Wilms et Rebecca Marder. Une nouvelle fois, loin de se répéter, Rithy Panh parvient encore à se renouveler, à créer et à inciter à la réflexion. Un si bel accomplissement cinématographique ne peut décemment pas être oublié par le jury de la Berlinale.

Enfin, en provenance d’Iran, There is No Evil (♥♥♥) , de Mohammad Rasoulof, qui n’était malheureusement pas présent à Berlin pour la projection de son film: interdit de quitter son pays depuis les ennuis qu’il a rencontrés suite au tournage de l’excellent Un homme intègre (qui dénonçait la corruption endémique en Iran), l’homme soit également user de nombreux stratagèmes pour parvenir à pratiquer son art.

There is No Evil
© Cosmopol Film

Malgré toutes ces vicissitudes, There is No Evil n’en constitue pas moins une éclatante réussite. Avec un récit divisé en 4 parties bien distinctes, mais qui restent néanmoins interconnectées par un lien ténu, le film raconte le destin de 4 personnages masculins: Heshmat, mari et père exemplaire, qui se lève tôt chaque matin pour aller à son travail (un emploi dont on ne découvrira la nature qu’à la toute fin de cette partie); Pouya, un jeune homme en plein service militaire qui ne peut accepter l’idée de devoir mener un condamné à mort à son exécution; Javad, militaire lui aussi, qui va faire une découverte bouleversante le jour même où il compte demander celle qu’il aime en mariage; et enfin Bahram, un médecin vivant dans la lointaine campagne et qui va profiter de la présence de sa jeune nièce, installée en Allemagne, pour se livrer à de surprenantes révélations.

Autant d’histoires qui cherchent à montrer l’Iran dans toute sa complexité, mais aussi à condamner les faiblesses d’un régime qui semble refuser de vouloir tenir compte des aspirations de son peuple à davantage de liberté. There is No Evil, un excellent exemple de cinéma d’auteur rendu accessible au plus grand nombre et une superbe réussite en matière de réalisation.

Olivier Clinckart

 

 

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