71e Berlinale: Cap à l’Est

Parmi les 15 films en Compétition officielle, 4 proviennent d’Europe de l’Est. En provenance de Hongrie, Natural Light (♥♥) développe un drame austère dont l’action se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943, dans les vastes territoires de l’Union Soviétique occupée. István Semetka fait partie d’une unité spéciale hongroise pro-nazie chargée de se déplacer de village en village à la recherche de partisans pro-russes. Le groupe fait halte dans un de ces hameaux isolés, en se tenant sur ses gardes, persuadé que des partisans s’y cachent.

Ferenc Szabo - © Tamas Dobos

Pour son premier long-métrage, le réalisateur Dénes Nagy n’aborde pas seulement le thème de la guerre, mais aussi les dilemmes moraux constants auxquels peuvent être confrontés certains des hommes prenant part au combat. À quel point est-on coupable si on est témoin d’horribles événements que l’on n’a pas causés, mais auxquels on participe indirectement en se trouvant du côté de ceux qui en sont responsables? Ce dilemme insoluble, aux frontières du bien et du mal, le personnage principal y est confronté tout au long d’un récit imprégné d’une lumière blafarde. En évoquant cette portion d’histoire de la Hongrie, Dénes Nagy donne à penser qu’il appelle également à la réflexion quant à l’évolution actuelle -aux accents très nationalistes- de son pays.

© Tamas Dobos

De Hongrie également, Forest – I see you everywhere (1/2), se divise en sept récits en forme de miniatures hypnotiques et erratiques qui composent une sorte de kaléidoscope psychologique. Bence Fliegauf a travaillé aussi bien avec des acteurs amateurs que professionnels pour ce long-métrage au budget minimaliste qui fait la part belle aux dialogues fiévreux, dans une atmosphère quasi claustrophobe. Abordant diverses thématiques de l’existence, le film constitue une démarche d’auteur certes intéressante, mais qui peine néanmoins à captiver, sans doute parce que chacun de ces récits pris à part laisse une sensation d’inabouti.

© Ákos Nyoszoli, Mátyás Gyuricza

Encore un peu plus à l’est, en provenance de Géorgie, What Do We See When We Look at The Sky ? () est un des 2 plus longs films de la Compétition officielle (150 minutes). Ce récit en forme de conte traite d’une rencontre fortuite aux portes d’une école, dans une petite ville géorgienne. Lisa et Giorgi se croisent et tombent immédiatement sous le charme l’un de l’autre.

Ani Karseladze - © Faraz Fesharaki / DFFB

Ils se donnent rendez-vous pour le lendemain, mais un sortilège fait en sorte qu’au lever du jour, ils se réveillent tous deux sous une apparence complètement différente. Ils n’ont donc aucune chance de se reconnaître. S’il se dégage une poésie indéniable de l’histoire, la naïveté du ton, la longueur du film et la voix off trop fréquente qui assure la narration constituent autant de faiblesses qui nuisent à l’ensemble.

Giorgi Bochorishvili - © Faraz Fesharaki / DFFB

Le meilleur sera donc pour la fin, avec un film roumain au titre aussi énigmatique que farfelu, Bad Luck Banging or Loony Porn (♥♥) , mais qui dévoile d’emblée son caractère iconoclaste. Nous tombons en effet en pleine sex-tape montrant sous toutes les coutures -et sans filtre pudique!- les ébats d’un couple visiblement très inspiré. Pas de chance néanmoins pour les 2 « héros » de cette vidéo très éducative: la séquence est tombée entre des mains mal intentionnées et s’est retrouvée mise en ligne sur des sites pornographiques, au grand désespoir de la principale protagoniste, facilement reconnaissable et qui officie en tant qu’enseignante dans une institution huppée de Bucarest.

Katia Pascariu - © Silviu Ghetie / Micro Film 2021

Radu Jude revient en toute bonne forme avec cette farce grinçante qui dézingue les travers de la société roumaine et l’hypocrisie de la société en général. Avec sa construction particulière -3 parties distinctes dont la 2e fait quasiment figure de long interlude- Bad Luck Banging or Loony Porn constitue une proposition aussi déconcertante qu’originale, truffée de pointes d’un humour tantôt cynique, tantôt absurde, qui rendent le propos d’autant plus percutant.

Katia Pascariu - © Silviu Ghetie / Micro Film 2021

Olivier Clinckart

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