Nos batailles: interview de Guillaume Senez

Un deuxième long-métrage et déjà invité à Cannes, que ressentez-vous ?

« C’est évidemment une belle reconnaissance professionnelle ! Je vais découvrir ce que ça fait d’être présent à Cannes, mais c’est surtout une belle mise en avant du film. C’est un aspect assez précieux, surtout en Belgique où les médias sont parfois assez timides lorsqu’il s’agit de mettre en avant de la culture de leur pays. L’effet Cannes me fait un peu penser aux Jeux Olympiques et à des championnats du monde d’athlétisme: une médaille de bronze aux J.O. aura toujours plus de retentissement médiatique qu’un titre aux championnats du monde ! »

Le thème de la paternité, que vous abordiez dans Keeper, est à nouveau présent ici, sous un angle différent. Ce sujet vous tient donc vraiment à cœur ?

 « En effet et j’ai la sensation de ne pas encore avoir fait le tour de la question. Il me restait des choses à exprimer et j’avais envie de parler d’un personnage qui a un âge proche du mien. Je me suis séparé de la mère de mes enfants il y a 5 ans. J’étais justement en train de prépraer Keeper, j’avais une vie professionnelle assez intense et je me retrouvais confronté à plein de questions liées à cela: que ferais si la maman décide de partir à l’étranger, comment pourrais je tenir mes engagements professionnels, mes idéaux, mes valeurs tout en pouvant m’occuper de mes enfants… ? De cette réflexion est né le projet de Nos batailles, l’envie de parler de ce que c’est d’être père de deux enfants quand on est dans la quarantaine. »

Vous proposez un angle de vue assez original sur la parentalité…

« Original, je ne sais pas, mais c’est assez logique que la femme soit souvent mise en avant lorsqu’on parle de parentalité, puisque c’est elle qui porte l’enfant. Pour ma part, je parle de choses que je connais et je ne peux donc qu’exprimer ce que je peux ressentir du côté de la paternité. J’éprouvais néanmoins aussi un certain agacement à l’encontre de nombreux récits où quelques clichés avaient la vie dure, y compris à l’ encontre des femmes, qui étaient forcément toutes censées avoir l’instinct maternel, comme si ça allait de soi, alors que ce n’est pas toujours le cas. »

Vous avez pour habitude de ne jamais donner le scénario à vos comédiens…

« Ils connaissant l’histoire et son traitement mais ils ne recoivent pas les dialogues. C’est une méthodologie que j’ai adoptée dès le début et que je peaufine à chaque nouveau tournage. Il faut savoir qu’au plus on donne de la liberté aux comédiens, au plus c’est contraignant au niveau technique. Mais il y a un travail dans la collectivité que j’aime beaucoup. Chacun est obligé de donner de sa personne : les comédiens, les ingénieurs du son, les cameramen… Et on essaie de chercher ensemble la meilleure manière de procéder .

Romain Duris s’est montré très motivé à l’idée de travailler avec cette méthode. C’est quelqu’un qui se montre très généreux et à l’écoute de ses partenaires pendant un tournage. »

Propos recueillis par Olivier Clinckart

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *