Nos batailles – Semaine de la Critique (séance spéciale)

Son fils, sa fille, ses batailles

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Vingt-quatre heures après l’accueil triomphal réservé à Girl, c’était au tour d’une autre coproduction belge majoritaire d’être présentée à Cannes, cette fois en séance spéciale à la Semaine de la Critique. Trois ans après son premier long-métrage, Keeper (Magritte du Meilleur Premier Film), Guillaume Senez réinterroge la paternité avec Romain Duris dans le rôle d’un homme qui se redécouvre père après que Laura (Lucie Debay), son épouse et mère de ses deux enfants, le laisse seul face à ses responsabilités.

Le réalisateur récidive donc avec Nos batailles, dont l’ensemble est d’une justesse inouïe : situations, arrière-fond social, dialogues, jeu des acteurs … En se plaçant au-delà de tous jugements, le film suscite l’empathie du spectateur à l’égard de tous les personnages, en ce compris, les personnages secondaires car tous, à quelque niveau que ce soit, sont crédibles et particulièrement bien charpentés. Le faisceau de personnages féminins éclaire avec pertinence les motifs de la disparition de la mère de famille, qui, bien qu’absente, demeure omniprésente de bout en bout. L’étendue du spectre avec lequel Guillaume Senez explore les problématiques posées et les réactions psycholiques de ses personnages fait ainsi que le film dispose d’un énorme potentiel d’identification… Une réussite aussi touchante que percutante !

Père d’un jour… Père toujours

Dès la sortie de Keeper, le réalisateur belgo-français nous confiait en avoir fini avec l’adolescence mais pas avec son questionnement sur la paternité, sujet qu’il avait alors traité avec justesse, réalisme et profondeur à travers le prisme d’un garçon de 15 ans, et ce, tout en ne négligeant nullement les points de vue féminins. C’était d’ailleurs là où résidaient l’originalité et la force de son premier long métrage : la perspicacité avec laquelle il abordait, à travers les yeux d’un adolescent confronté à une grossesse accidentelle, une question qui, habituellement, est traité sous un angle exclusivement féminin, voire relève du tabou du côté masculin. « La maternité est sans doute le seul domaine d’exception où les femmes peuvent prétendre avoir plus de puissance que les hommes » soulignait alors le jeune réalisateur en évoquant les réactions féminines entendues à l’issue des projections.

Être père ou devenir papa

Fidèle à son habitude d’écrire à quatre mains, un mode de travail qui lui impose une plus grande discipline et davantage de rigueur selon ses propres ternes, le jeune réalisateur s’est associé à Raphaëlle Valbrune-Desplechin (Home et L’Art de la Fugue) pour l’écriture du scénario de Nos Batailles. L’histoire met en scène Olivier (Romain Duris), contremaître de 39 ans, qui se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices, et a longtemps délégué sa fonction de parent. Lorsque Laura, son épouse et mère de leurs deux enfants, disparaît du foyer, il se retrouve brutalement confronté à un rôle qu’il doit apprendre à incarner. Tâchant de concilier éducation des enfants, vie familiale et activité professionnelle, Olivier bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

Connaissant l’aptitude de Guillaume Senez à cerner à 360 degrés les sujets qui l’animent et sa volonté de confronter ouvertement ses doutes et certitudes à ses coscénaristes, il y a fort à parier que Nos Batailles suscitera bon nombre de réflexions, évitera les stéréotypes du genre et embrassera avec discernement la question de la paternité tout en l’ancrant dans un contexte sociologique contemporain au sein duquel mener de front carrière et vie familiale relève souvent du défi.

Un casting franco-belge

Aux côtés de Romain Duris, acteur aussi à l’aise dans le cinéma d’auteur que dans la comédie, on y retrouve dans le rôle de la mère disparue la talentueuse Lucie Debay révélée dans Melody de Bernard Bellefroid, ainsi que deux jeunes acteurs belges qui trouvent là leur premier rôle à l’écran: Basile Grunberger (9 ans) et Léna Girard Voss (6 ans). Sont également au générique, Laetitia Dosch, déjà présente dans Keeper, et qui avait livré une remarquable performance dans Jeune Femme, premier long-métrage de Léonor Serraille, sélectionné l’année dernière dans la section Un Certain Regard, et enfin Laure Calamy, révélée par la série Dix Pour Cent.

Nos Batailles est produit par Iota Production et Savage Film en Belgique ainsi que par Les Films Pelleas en France. Il a bénéficié du soutien du CCA, du VAF, de la Région Rhône Alpes Be tv, la RTBF, Ciné+, Indefilms, Casa Kafka Pictures et Media Développement. Le film est vendu par Be For Film et sera distribué dans le Benelux par Cinéart et Haut et Court en France.

Christie Huysmans

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