Werk ohne Autor ( Never Look Away) – Mostra 2018 – Compétition officielle

Oeuvre d’art♥♥♥♥

Florian Henckel von Donnersmarck n’avait plus tourné de long-métrage depuis 2010 et The Tourist, avec Johnny Depp et Angelina Jolie. Le réalisateur de La vie des autres revient donc au grand écran et c’est un vrai chef-d’oeuvre qu’il a offert au public de la 75e Mostra de Venise. Werk ohne Autor (ou Never Look Away pour le titre anglais) propose en effet une brillante réflexion sur l’art et la liberté de créer placée dans le contexte de l’Histoire du 20e siècle et plus précisément de l’Allemagne de la fin des années 30 aux années 60. Une nation allemande traversée par des régimes totalitaires: le nazisme tout d’abord et le communisme ensuite, du moins dans ce qui allait devenir la RDA.

C’est là, dans la ville de Dresde, que se déroule une partie du récit. Tout jeune garçon, Kurt Barnert est confronté aux horreurs de l’idéologie national-socialiste lorsqu’une proche membre de sa famille se fait interner pour de pseudo troubles mentaux. La guerre qui éclate bientôt et les bouleversements géopolitiques qui vont s’ensuivre ne cesseront d’influencer la vie de Kurt, y compris lorsque l’amour frappe à sa porte en la personne d’Ellie.

Avec son scénario remarquablement écrit aux nombreuses ramifications entre les différents personnages, Werk ohne Autor/Never Look Away captive et fascine tout au long de ses 188 minutes, ce qui n’est pas une mince performance pour un film d’une telle durée. Mais l’osmose est totale entre un metteur en scène qui maîtrise parfaitement son sujet et des comédiens en état de grâce. Parmi ceux-ci, Paula Beer (Frantz) confirme si besoin en était du haut de ses 23 printemps qu’elle est bien une des actrices les plus brillantes de sa génération. A ses côtés, Tom Schilling, qu’on a pu apprécier dans le délicieux Oh boy en 2012, livre également une prestation irréprochable en Kurt Barnert adulte.

Alors que le titre allemand (littéralement « l’oeuvre sans auteur ») diffère de l’anglais (« ne détourne jamais le regard »), ils prennent néanmoins tous deux parfaitement leur sens au fil de l’intrigue. Si une oeuvre cinématographique peut être qualifiée d’oeuvre d’art, la comparaison prend ici pleinement son sens avec ce film profondément marquant et qui mérite de récolter de nombreux lauriers. A commencer par un Lion d’Or?

Olivier Clinckart

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *