Fiff, avec « f » comme « fiction et réalité »

Hormis l’excellent Maman colonelle dont nous parlons dans la chronique précédente, la Compétition officielle du 32e Festival International du Film Francophone de Namur proposait 2 autres documentaires.

12 jours, de Raymond Depardon, nous plonge dans la réalité de l’univers psychiatrique et plus précisément des patients hospitalisés en psychiatrie sans leur consentement et qui se voient avant 12 jours présentés en audience auprès d’un juge. Lequel décidera si ces patients resteront internés ou non. Le réalisateur-photographe propose un témoignage fort en donnant la parole à ces personnes qui se retrouvent enfermées dans le but de mieux les protéger de leur extrême fragilité. Pour preuve, les dialogues parfois interpellants entre ces êtres en souffrance et le magistrat chargé de décider de leur sort.

Carré 35, d’Eric Caravaca, part à la recherche des traces laissées par la soeur du réalisateur, décédée à l’âge de 3 ans et avant la naissance de celui-ci. Une soeur dont les parents n’ont gardé aucune photographie. Cherchant à comprendre et expliquer pourquoi cette enfant a été soustraite de la sorte à la mémoire de ses proches, Eric Caravaca part malheureusement dans de trop nombreuses directions à la fois, rendant ainsi son propos parfois confus en mélangeant pêle-mêle le handicap mental , les abus de la colonisation et les conséquences de la décolonisation, ou encore la guerre d’Algérie. Certes, il tente de démontrer le lien qui relie ces différents éléments, mais cette juxtaposition de sujets se fait au détriment du thème central.

Enfin, si le film canadien TukTuq, de Robin Aubert, a beau être une fiction, il n’en contient pas moins un aspect quasi documentaire, dans ce récit où un caméraman est chargé d’aller tourner des images d’une communauté inuit dont le village sera bientôt déplacé pour cause d’exploitation minière sur le territoire où ils résident. Cette réflexion habilement menée sur la manière dont les minorités sont traitées contient aussi une belle dose d’ironie dans les échanges savoureux entre le personnage principal et le responsable de la société qui l’a envoyé en mission dans ces lointains espaces.  Contemplatif à souhait et d’une grande qualité au niveau de ses images, TukTuq mériterait largement de recevoir le Bayard de la meilleure photographie.

Olivier Clinckart

 

 

Fiff, avec « f » comme « femme »

Le 32e festival du Film Francophone de Namur a ouvert ses portes ce vendredi 29 septembre. Pour ce 1er weekend, la programmation a fait la part belle aux femmes, avec, pour commencer en beauté, la Caméra d’Or (qui récompense le Meilleur premier film, toutes compétitions confondues) du dernier Festival de Cannes, Jeune femme, projeté en film d’ouverture et présent dans la Compétition 1e oeuvre de fiction.

La Compétition officielle, pour sa part, n’est pas en reste. Avec La belle et la meute, projeté ce samedi 30 septembre, la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania dénonce les institutions corrompues et certaines mentalités archaïques de son pays par le prisme d’une jeune femme victime d’un viol et qui doit faire face non seulement à un mur d’incompréhension, mais aussi à la complicité de la police envers les coupables, eux-mêmes membres des forces de l’ordre.

Divisé en 9 chapitres filmés sous forme de plans-séquences, le récit s’inspire d’une histoire vraie très médiatisée en Tunisie et du livre qui en a été tiré, Coupable d’avoir été violée, rédigé par la victime elle-même, Meriem Ben Mohamed. Ce combat pour la justice et pour le droit des femmes est incarné à l’écran par l’excellente Mariam Al Ferjani, laquelle donne à l’histoire toute son intensité dramatique. Si la mise en scène parfois fort théâtrale tend à enlever au récit une partie de son réalisme brut, il faut reconnaître au film son caractère d’oeuvre utile, en ce sens qu’il expose au grand jour les failles béantes d’une société qui, malgré la révolution qu’elle a initiée, a encore un long chemin à parcourir quant aux libertés fondamentales et aux droits des femmes.

Dans le même ordre d’idées, le documentaire Maman Colonelle, projeté ce dimanche 1er octobre, suit le travail au quotidien de la Colonelle Honorine, au sein de la police congolaise où elle est chargée de la protection des enfants et de la lutte contre les violences sexuelles. A travers ce portrait d’une femme courageuse, le réalisateur Dieudo Hamadi expose les réalités tragiques d’un pays dont la population a eu à subir d’innombrables souffrances liées aux conflits meurtriers qui ont secoué la République Démocratique du Congo et ce, le plus souvent dans l’indifférence ou l’ignorance du reste du monde.

Au fil des témoignages bouleversants recueillis auprès des femmes et des enfants victimes de la folie des êtres (in)humains, c’est un sentiment de profonde consternation qui se dégage du film, lequel atteint donc pleinement son but d’interpeller. Mais, et c’est là le grand mérite de Maman Colonelle, plutôt que de céder à la désespérance, Dieudo Hamadi démontre que l’espoir d’une société meilleure, aussi ténu soit-il, peut encotre émerger grâce aux initiatives citoyennes de quelques âmes bien décidées à ne pas baisser les bras.

Olivier Clinckart

Un Drama heureux pour la Belgique

Les verdicts sont tombés au Short Film Festival de Drama en Grèce, où la Belgique comptait 2 courts-métrages parmi la bonne soixantaine de films en provenance des 4 coins du monde projetés en compétition internationale. Et Laurent Michelet, réalisateur de Fugazi, a eu l’excellente idée de faire le voyage jusqu’à cette petite ville du nord de la Grèce: en effet, le jury international a décidé de lui attribuer le Prix de la meilleure production.

Un choix pleinement justifié, tant Fugazi, récit futuriste se déroulant dans une société ultra-sécurisée et surveillé depuis une station orbitale, fait preuve d’une maîtrise technique impressionnante. Cette coproduction franco-belge (Cookies Films pour la Belgique, Les Films du Cygne pour la France) se voit donc fort logiquement récompensée, en même temps que son réalisateur qui décrivait il y a quelque mois le récit comme « une réflexion humaniste sur l’utilisation de plus en plus importante des drones dans notre monde actuel et sur la privatisation des services militaires et policiers. »

Voici le palmarès complet de la compétition internationale, dans l’ordre de la remise des prix:

-Mention spéciale à l’acteur Peder Holm pour son interprétation dans Odd man job (Danemark)

-Mention spéciale à Michael Hapeshis, réalisateur de The insignificant life of Helen Pavli (Chypre)

-Mention spéciale à Gabriel Abrantes, réalisateur du film A brief history of Princess X (Portugal/France/Royaume-Uni)

-Prix TV5 Monde pour la meilleure production: Fugazi de Laurent Michelet (Belgique/France)

-Prix de la meilleure animation: The shadow over Prague, de Marek Berger (Belarus/USA/Germany)

-Meilleur film du sud et de l’est de l’Europe: Dam, de Yorgos Teltzidis (Grèce)

-Prix EFA Drama: The Circle, de Ruken Tekes (Turquie)

-2e Prix: Genaro, de Andres Porras et Jesus Reyes (Colombie)

-Grand Prix: Imago, de Raymund Ribay Gutierrez (Philippines)

Un Jury Fipresci, composé de 3 membres de cette association, élisait également son meilleur court-métrage de la Compétition internationale. Le Prix est allé à A brief history of Princess X, de Gabriel Abrantes (Portugal/France/Royaume-Uni).

Un palmarès globalement justifié, même si l’on peut regretter l’absence de l’un ou l’autre titre parmi les lauréats. Ainsi, Le scénariste, de François Paquay, aurait sans nul doute mérité de ne pas repartir bredouille, tant pour l’excellent accueil que lui a réservé le public que pour sa dose réjouissante d’humour surréaliste à la belge qui apportait une belle bouffée d’oxygène à une programmation à la thématique d’ensemble fort sombre, représentative sans doute des temps troublés de notre époque actuelle.

Parmi les films d’animation, le jury est resté insensible au charme se dégageant de In exile, production moldave racontant l’histoire d’un petit garçon dont les parents travaillent à l’étranger et qui, pour tromper sa solitude, fait l’école buissonnière et s’invente un univers lui permettant de laisser vagabonder son imagination.

Into the blue, coproduction croato-slovène, ne manquait pas d’intérêt, avec un récit sur les premières amours adolescentes certes assez classique, mais bénéficiant d’une solide interprétation des jeunes acteurs et d’une excellente photographie.

Mais tout jury doit faire des choix et l’embarras du choix, justement, ne manquait pas dans cette riche programmation d’une soixantaine de films.

Le Festival du court-métrage de Drama en était cette année à sa 40e édition pour ce qui est de la Compétition nationale et à sa 23e édition de la Compétition internationale. Un rendez-vous important et parmi les plus renommés de cette région de l’Europe.

Olivier Clinckart

 

Le 32e Fiff de Namur approche à grands pas

La 32e édition du Festival International du Film Francophone de Namur se tiendra cette année du vendredi 29 septembre au vendredi 6 octobre. Comme à chaque fois, le cinéma francophone sera mis à l’honneur, tout en laissant une place non négligeable au cinéma de pays non francophones mais proches de la francophonie, à l’instar de la Roumanie et du superbe Ana, mon amour, de Calin Peter Netzer, Ours d’Argent de la meilleure contribution artistique à Berlin cette année. Une occasion de plus pour le Fiff de prouver que, malgré sa dénomination, il ne s’enferme pas pour autant dans un strict carcan linguistique.

Tout le programme et autres infos pratiques sont disponibles sur le site du festival:

https://www.fiff.be/

Olivier Clinckart

La Grèce en plein Drama

La Grèce en plein Drama

La petite ville tranquille de Drama, dans le nord de la Grèce, n’attire à première vue pas l’attention du voyageur étranger. Pourtant, à y regarder de plus près, c’est là que se déroule depuis 40 ans et sous un soleil généreux un des plus importants festivals de courts-métrages en Europe. Avec un nom prédestiné pour y accueillir un évènement consacré au 7e Art, Drama propose donc depuis quatre décennies une programmation de courts en provenance de Grèce, mais le festival s’est ouvert également aux films du monde entier. C’est ainsi que, parallèlement à la programmation grecque, une programmation internationale a été créée et en est cette année à sa 23e édition.

Les programmateurs du festival tiennent fermement à offrir aux spectateurs la plus grande diversité possible afin de leur proposer un large regard sur ce qui se fait au niveau international. Pour 2017, ce ne sont pas moins de 53 courts-métrages en provenance de 47 pays différents qui sont projetés entre le 18 et le 23 septembre. Et la Belgique est présente avec deux films: Le scénariste, de François Paquay et Fugazi, de Laurent Michelet.

Le jury international comporte également pour sa part une présence belge, puisqu’on y retrouve Christie Huysmans, rédactrice pour le site CinéFemme et membre de l’U.C.C. (Union de la Critique de Cinéma).

Les jurés de la compétition internationale décerneront 6 prix au total: le Grand Prix, le 2e Prix, le Prix EFA, le « Best South & Eastern Europe Award », le Prix du Meilleur film d’animation et le Prix de la Meilleure production.

Par ailleurs, le festival propose également plusieurs séances spéciales, parmi lesquelles une séance consacrée à des films primés ou nominés aux EFA Awards en décembre 2016. Citons L’immense retour (Romance), coproduction franco-belge réalisée par Manon Coubia, jeune réalisatrice française vivant en Belgique et dont le début de carrière prometteur s’est enrichi en mai 2017 d’une sélection officielle à la Semaine de la Critique cannoise pour son dernier court-métrage en date, Les enfants partent à l’aube.

Avec 2 courts-métrages français également projetés dans la compétition internationale, la présence francophone est donc plus qu’honorable dans cette région des Balkans, ce qui s’explique en partie par le soutien actif de l’Institut français de Thessalonique et TV5 Monde, tous deux sponsors de l’International Short Film Festival in Drama.

Olivier Clinckart

Terminator 2: Le jugement dernier 3D

♥♥♥

He’s back!

Avant le 6e volet de la saga Terminator prévu pour 2019, Cameron envoie son mythique robot d’acier à la tête de Schwarzenegger au contrôle technique. C’est donc dans une superbe image 4k (la 3D est franchement inutile) que l’on redécouvre en salle ce Terminator 2, plus adulte qu’il n’y paraît, malgré son côté « cours après moi que je t’attrape » au cœur d’effets spéciaux surprenants (le méchant constitué de métal liquide fait toujours son petit effet).

Pour rappel, le Terminator interprété par Schwarzie est cette fois un gentil, chargé de la protection du petit John Connor, futur héros de la rébellion humaine contre les machines. Contée avec une habileté remarquable et une tension grandissante, cette chasse à l’homme violente, mais non dépourvue d’humour, démontre comme le sublime Avatar du même Cameron 18 ans plus tard, que la course à la technologie peut aussi nous brûler les doigts.

Thierry Van Wayenbergh

Tulip Fever

♥♥

Passion interdite

Prévu initialement pour 2015 avec dans les rôles-titres Jude Law et Keira Knightley, le drame romantique Tulip Fever qui conte, au 17e siècle, les amours secrètes du jeune peintre Jan Van Loos et d’une femme mariée dont il doit faire le portrait, arrive sur nos écrans après plusieurs sorties repoussées. Ce sont finalement Dane de Haan et la délicieuse Alicia Vikander qui interprètent ces amants passionnés, au grand dam du noble mari, incarné avec une très touchante retenue par Christoph Waltz. Curieux objet que ce film à costumes démarrant de manière archi-classique, serti dans des clairs-obscurs superbes. Et qui sans prévenir change de genre, passant de la romance sulfureuse au récit historique (on y comprend combien le marché florissant des bulbes de tulipes est aux origines du capitalisme moderne) ou encore à une ambiance de thriller hitchcockien accompagnant la naissance d’un bébé. Etonnant film donc, mais indéniablement prenant.

Thierry Van Wayenbergh

Les dents de l’amer requin

Parmi les nombreux films-cultes que l’on doit au génie de Steven Spielberg, Les dents de la mer a laissé une trace indélébile dans l’histoire du 7e Art et a fait rentrer le requin au rang des animaux les plus terrifiants de la planète. Pourtant, cette mauvaise réputation est bien peu fondée, comme en attestent les expos et articles consacrés au célèbre squale et qui s’attèlent avec pédagogie à redonner ses lettres de noblesse à un prédateur marin qui ne méritait pas tant d’opprobre.

Ainsi, dans son numéro 202 de juillet 2016, le magazine National Geographic (édition française) précisait dans un excellent article que « les attaques sur les personnes sont incroyablement rares: (…) la probabilité d’être mordu par un requin en Californie est de 1 sur 17 millions pour les surfeurs et de 1 attaque sur 738 millions de sorties à la plage pour les nageurs »!

Par contre, l’homme, lui, s’avère un prédateur bien plus redoutable: « selon certaines estimations, 100 millions de requins de différentes espèces  seraient tués tous les ans, surtout pour alimenter la demande chinoise de soupe aux ailerons de requin ».

Autant de statistiques interpellantes et/ou consternantes qui démontrent à quel point l’ennemi n’est vraiment pas celui qu’on croit! A cet effet, on ne peut que recommander de se rendre -seul ou en famille- dans un centre de culture scientifique consacré aux océans pour se rendre compte à quel point le requin occupe une place importante dans l’écosystème marin. Le parc de découverte Océanopolis situé à Brest, en Bretagne, constitue un excellent exemple en la matière: composé de 3 grands pavillons (polaire, tempéré et tropical), le parc permet d’admirer l’immense bassin des requins, de 1000 m³ et de 17 m de diamètre. De nombreuses espèces y cohabitent: du requin taureau au requin scie, en passant par le requin pointe noire ou le requin zèbre. Une fascinante diversité qui s’offre au regard des visiteurs dans des espaces remarquablement conçus pour concilier le confort des visiteurs avec des bonnes conditions de vie des animaux marins. Et une fois la visite terminée, rien n’empêche évidemment de voir ou revoir le grand classique de Spielberg… tout en étant désormais mieux informé sur le personnage central des Dents de la mer!

http://www.oceanopolis.com/

Olivier Clinckart

Le Fidèle à Venise

Tout le milieu cinématographique belge l’avait espéré en vain au 70e Festival de Cannes en mai dernier; ce sera finalement à la 74e Mostra de Venise que le dernier film de Michaël R. Roskam sera projeté en Sélection officielle, entre le 30 août et le 9 septembre. Au vu du casting -Matthias Schoenaerts, Adèle Exarchopoulos, … – et de l’excellent souvenir laissé par Rundskop (Bullhead), Le Fidèle constituera à n’en pas douter un des moments importants de ce grand festival européen.

https://www.rtbf.be/info/medias/detail_le-fidele-troisieme-film-de-michael-r-roskam-en-selection-officielle-a-venise?id=9669906

Bourvil éternel

André Raimbourg, mieux connu sous le nom de Bourvil, est né le 27 juillet 1917, c’est-à-dire il y a précisément 100 ans. Au-delà de cette date toute symbolique, c’est surtout l’occasion de constater que, près de 47 ans après son décès prématuré, le grand comédien a gardé une popularité intacte auprès du grand public, ce qui n’est pas un mince exploit. Et est révélateur de l’immense capital sympathie dégagé par cet homme figurant au générique de quelques-uns des plus grands succès du cinéma français. Le quotidien français Ouest-France a publié ce 27 juillet un article particulièrement intéressant sur le sujet, en donnant la parole aux 2 fils de l’acteur, lesquels fourmillent d’anecdotes sur leur célèbre papa. Une partie  de l’entretien est disponible gratuitement via ce lien:

http://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/bourvil-aurait-eu-100-ans-ce-jeudi-ses-deux-fils-le-racontent-5156625

On y apprend, entre autres, que Bourvil était parfois confondu avec Fernandel, ce qui lui valut de recevoir un jour le commentaire enthousiaste d’un passant: « Je vous ai adoré dans La vache et le prisonnier! » Compliment auquel Bourvil répondit avec un grand sourire, « Ah non, le prisonnier c’était Fernandel, moi je jouais la vache! »

A noter pour les cinéphiles voyageurs qu’une belle expo est ouverte jusqu’au 27 août dans le village normand de Fontaine-le-Dun, en Seine Maritime: un bon millier de documents, photos, affiches et -cerise sur le gâteau- la fameuse 2 CV du Corniaud (celle qui va marcher beaucoup moins bien maintenant, forcément!) ont pu être réunis grâce à Pascal Delmotte, un collectionneur belge passionné. Une initiative qui mérite assurément une petite (ou une grande) vadrouille dans la région!

Olivier Clinckart