L’affiche officielle du 71e Festival de Cannes

Les amoureux du cinéma sont comblés: l’affiche officielle du 71e Festival de Cannes a été dévoilée!

(© Flore Maquin et Georges Pierre)

Le communiqué officiel du Festival de Cannes:

Georges Pierre (1927-2003) est l’auteur du visuel de l’affiche du 71e Festival de Cannes, extrait de Pierrot le fou de Jean-Luc Godard (1965). Cet immense photographe de plateau immortalise les tournages de plus d’une centaine de films en 30 ans d’une carrière qui débute en 1960 avec Jacques Rivette, Alain Resnais et Louis Malle. Il engage ensuite des collaborations avec Robert Enrico, Yves Robert, Claude Sautet, Bertrand Tavernier, Andrzej Zulawski, Andrzej Wajda, et donc Jean-Luc Godard.
Engagé en faveur de la reconnaissance du statut d’auteur pour le photographe de plateau, Georges Pierre a fondé l’Association des Photographes de Films, chargée de la défense des intérêts matériels et moraux des photographes de cinéma.

La graphiste Flore Maquin signe la maquette de cette affiche. Inspirée par la pop culture, cette illustratrice de 27 ans réunit dans un univers vif et coloré le dessin, la peinture et le numérique. Passionnée de cinéma, elle collabore avec Universal Pictures, Paramount Channel, Europacorp, Wild Side, Arte autour d’affiches de films revisitées ou alternatives (www.flore-maquin.com).

Star Wars sur le tapis rouge!

Un des évènements du 71e Festival de Cannes sera incontestablement la projection Hors Compétition de Solo: A Star Wars Story, nouveau spin-off de la saga intergalactique. Que la Force soit avec le Festival!

Le communiqué du Festival de Cannes:

Présenté en Sélection officielle Hors Compétition, le tout nouveau film de la galaxie Star Wars réalisé par Ron Howard réunit Han Solo, son fidèle Chewbacca, l’escroc Lando Calrissian, le Faucon Millenium et quelques droïdes…

Le deuxième spin-off de la saga sera dévoilé sur l’écran du Grand Théâtre Lumière. L’épisode revient sur la jeunesse du célèbre contrebandier, as du pilotage et charmant vaurien, Han Solo.

Écrit par Lawrence et Jonathan Kasdan, le film est réalisé par Ron Howard, interprète du classique American Graffiti de George Lucas et auteur de nombreux succès populaires et critiques comme Apollo 13 (1995) ou Un homme d’exception (2002, Oscar du meilleur film et Oscar du meilleur réalisateur).

Autour d’Alden Ehrenreich (Blue Jasmine, 2013) qui incarne Han Solo, le casting compte Woody Harrelson (No Country For Old Men, 2007), Emilia Clarke (Terminator Genisys, 2015), Donald Glover (Seul sur Mars, 2015), Thandie Newton (Jefferson à Paris, 1995), Phoebe Waller-Bridge (La Dame de fer, 2011), Joonas Suotamo (Star Wars : Les Derniers Jedi, 2017) et Paul Bettany (Dogville, 2003).

Solo: A Star Wars Story est produit par Kathleen Kennedy, la Présidente de LucasFilm ainsi que par Allison Shearmur et Simon Emanuel. Les producteurs exécutifs sont Lawrence Kasdan, Jason McGatlin, Phil Lord et Christopher Miller.

 

Benicio Del Toro, Président du Jury Un Certain Regard

Benicio Del Toro a été désigné comme Président du Jury Un Certain Regard. Il succède ainsi à ce poste à Uma Thurman.

Le communiqué du Festival de Cannes:

Comédien fascinant, c’est aussi un grand cinéphile qui présidera aux destinées du Jury Un Certain Regard. Aux côtés de Tim Burton, il y a huit ans, Benicio del Toro et ses collègues jurés avaient offert la Palme d’or au Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul pour Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures).

Ce natif de Porto Rico, élevé en Pennsylvanie, est un artiste sans frontière, amoureux fou de Jean Vigo et Charlie Chaplin, qui aurait rêvé de rencontrer Bela Lugosi, Lon Chaney, Toshiro Mifune ou Humphrey Bogart. À 20 ans, il découvre Les 400 Coups puis les univers infinis de Fellini, Eisenstein, Bergman, Eustache, Kurosawa… L’Île nue de Kaneto Shindô devient son film de chevet.

Avec son mètre quatre-vingt-dix, Benicio Del Toro s’est longtemps rêvé joueur de basket, il sera joueur de cinéma. À l’écran, il offre mille visages : gangster maniéré (Usual Suspects, 1995), avocat moustachu excentrique (Las Vegas Parano, 1998), braqueur à 4 doigts (Snatch, 2000), agent des stups mexicain malmené dans les méandres des cartels (Traffic, 2001, Oscar du meilleur second rôle), ancien taulard devenu chrétien fondamentaliste (21 Grammes, 2003), Indien des plaines tourmenté (Jimmy P., 2013), narcotrafiquant célébrissime aussi charmant que terrifiant (Paradise Lost, 2014).
Toujours impressionnant, Benicio Del Toro transforme chacune de ses interprétations en performance. Faussement nonchalant, il s’implique dans ses rôles : son professeur était Stella Adler de l’Actors Studio. Il est aussi fidèle au cinéma indépendant, allant d’Abel Ferrara (Nos funérailles, 1996) à Julian Schnabel (Basquiat, 1997) ou Oliver Stone (Savages, 2012), tout en jouant dans Star Wars : Épisode VIII, Les Derniers Jedi (2017).

C’est en 2008, à Cannes, qu’il connait la consécration avec un prix pour l’interprétation de Che Guevara dans le diptyque de Steven Soderbergh, un rôle qu’il a porté pendant 7 ans. L’histoire qu’il partage avec le Festival est longue puisque l’acteur y a présenté Usual Suspects en Séance spéciale, puis The Pledge (2001), Sin City (2005) et dernièrement Sicario (2015) en Compétition. Il y a même accompagné sa première réalisation, El Yuma, l’un des segments de 7 Jours à la Havane, œuvre collective sélectionnée au Certain Regard, en 2012. Dès l’année suivante, Benicio Del Toro déclarait : « Je suis déjà venu à de nombreuses reprises et c’est toujours une grande chance. Je me sens inlassablement ému, excité. »

Deuxième compétition de la Sélection officielle, Un Certain Regard proposera cette année encore une vingtaine d’œuvres singulières et originales dans leur propos et leur esthétique.

Ursula Meier, Présidente du Jury de la Caméra d’Or

La réalisatrice suisse Ursula Meier présidera le Jury de la Caméra d’Or, en compagnie de six autres professionnels. Le prix récompensera la meilleure première œuvre présentée en Sélection officielle, à la Semaine de la Critique ou à la Quinzaine des Réalisateurs.

Ursula Meier avec l'Ours d'Argent reçu à Berlin en 2012

Le communiqué du Festival de Cannes:

Ursula Meier est une cinéaste qui s’interroge sur la nécessité de filmer. C’est sans doute la raison d’une filmographie resserrée et passionnante, qui compte 5 courts métrages, 2 œuvres pour la télévision, 2 documentaires et 2 longs métrages pour le cinéma. Ils sont autant de coups d’éclat inventifs qui bousculèrent avec fraîcheur et l’imposèrent avec évidence dans le paysage européen. Depuis 1994, Ursula Meier façonne une cinématographie audacieuse qui souligne la complexité du monde.

Admiratrice inconditionnelle de Wanda (Barbara Loden) ou Sweetie (Jane Campion), elle décide de passer à la réalisation après avoir découvert L’Argent (Robert Bresson). Elle devient alors assistante-réalisatrice d’une grande figure du cinéma suisse, Alain Tanner, avec Fourbi (1996). Celle qui se dit fascinée par l’espace du no man’s land y a construit son imaginaire et parvient à toucher des zones enfouies de la nature humaine, en filmant avec tendresse, sans pathos ni jugement, des personnages guidés par un puissant instinct de survie. En 2014, elle a participé au film Les Ponts de Sarajevo, œuvre collective portée par 13 cinéastes européens, présentée à Cannes en Sélection officielle.

Un premier film, c’est le lieu de tous les possibles, de toutes les audaces, de toutes les prises de risques, de toutes les folies.

Ses films pour le cinéma – Home (2008) et L’Enfant d’en haut (2012) qui obtint l’Ours d’Argent à la Berlinale – sont internationalement salués pour leur originalité de regard et d’écriture. Radical et poétique, le premier est une fable à la lumière blafarde et à la photographie chaude. Le deuxième est un conte moderne en forme de chronique familiale sobre et poignante.
« Un premier film, déclare la Présidente nouvellement désignée, c’est le lieu de tous les possibles, de toutes les audaces, de toutes les prises de risques, de toutes les folies. On dit souvent qu’il ne faut pas tout mettre dans un premier film mais c’est tout le contraire, il faut tout mettre dans un premier film, tout, comme il faut tout mettre dans chaque film en gardant au fond de soi, toujours, ce désir originel, vital, brutal, sauvage de la première fois. Quelle immense excitation et quelle immense joie de découvrir tous ces films ! »
Ursula Meier et son jury remettront le prix de la Caméra d’or lors de la soirée de Clôture du Festival de Cannes, le samedi 19 mai. Le film lauréat succèdera à Jeune Femme de Léonor Serraille, présenté en Sélection officielle – Un Certain Regard l’an passé.

Plusieurs décisions fortes à Cannes

Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, a annoncé plusieurs décisions fortes qui feront inévitablement beaucoup parler d’elles.

(source: AFP)

http://www.lalibre.be/culture/cinema/festival-de-cannes-fin-des-selfies-et-des-avant-premieres-pour-la-presse-5ab52686cd702f0c1a7acb6c

Bertrand Bonello, Président du Jury de la Cinéfondation

Le réalisateur français Bertrand Bonello a été désigné pour présider le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages lors du prochain Festival de Cannes, du 8 au 19 mai.

Le communiqué du Festival de Cannes:

Depuis son tout premier film (Quelque chose d’organique, 1998), jusqu’à Nocturama (2016), Bertrand Bonello occupe une place unique dans le paysage cinématographique. Sa filmographie compte sept longs et huit courts métrages, tous singuliers. Dès 2003, ses films sont présentés en Compétition au Festival de Cannes : Tiresia (2003), L’Apollonide – Souvenirs de la maison close (2011) et Saint Laurent (2014).
Que ce soit à travers le portrait d’un transsexuel brésilien, le quotidien raffiné mais glaçant d’une maison close au crépuscule du XIXe, un biopic virtuose autour de la création et la douleur qu’elle engendre, l’identité sexuelle et le rapport au corps hantent son œuvre. Investissant les marges troubles de notre pensée et de nos désirs, Bertrand Bonello ne cesse de questionner les frontières du réel.

Musicien de formation classique, cet autodidacte travaille la musique et le cinéma, le son et les images, signe le scénario et compose la musique de tous ses films. Acclamés par la critique, ils témoignent d’une maîtrise prononcée de l’audace et de l’esthétisme. Préférant la perception à la narration classique, les plans longs qui soulignent la sensorialité de l’image, ses univers sont autant d’expériences visuelles et sonores inédites qui s’affranchissent des limites. Admirateur de Bresson, Pasolini et Jarmusch, fan du Parrain et d’eXistenZ, Bertrand Bonello semble avancer à l’instinct autour d’obsessions récurrentes.

C’est donc un artiste passionné qui offrira une référence ambitieuse à la jeune génération de réalisateurs de la sélection 2018 de la Cinéfondation et des courts métrages.

Bertrand Bonello : « Qu’attendons-nous de la jeunesse, des cinéastes inconnus, des premiers films ? Qu’ils nous bousculent, qu’ils nous fassent regarder ce que nous ne sommes pas capables de voir, qu’ils aient la liberté, le tranchant, l’insouciance et l’audace que parfois nous n’avons plus. La Cinéfondation s’attache depuis 20 ans à faire entendre ces voix et je suis extrêmement fier cette année de pouvoir les accompagner. »

De son côté, Gilles Jacob a indiqué : « C’est un des plus grands réalisateurs français contemporains qui préside cette année, un artiste iconoclaste et singulier. Il  ajoute à son art des qualités humaines qu’on trouve donc encore aujourd’hui. »

 

La Semaine de la Critique dévoile son affiche

Le communiqué de presse de la Semaine de la Critique:

Sur l’affiche de cette 57e Semaine de la Critique, la jeune comédienne française Noée Abita, révélée dans AVA de Léa Mysius nous offre un regard caméra frondeur. Sa candeur conquérante, captée par la photographe Aurélie Lamachère avec la complicité de l’agence les bons faiseurs, est à l’image des cinéastes émergents portés par cette section cannoise dédiée à la découverte.

Participer à l’essor d’une nouvelle génération de réalisateurs à travers le monde, c’est aussi, par essence, propulser sur la scène internationale de nouveaux visages. Mise à l’honneur par la Semaine de la Critique où elle est venue aux côtés de Jeff Nichols dans l’un de ses premiers rôles, la comédienne Jessica Chastain déclarait « C’est incroyable de penser à quel point ma vie a grandi depuis, c’est un honneur d’être sur l’affiche de la Semaine de la Critique dans une photo de TAKE SHELTER, c’est le festival qui a commencé ma carrière ».

La Semaine de la Critique, qui se tiendra à Cannes du 9 au 17 mai, encourage ces nouveaux talents et leur souhaite le même parcours, riche en rôles et en rencontres.

La sélection de la Semaine de la Critique sera dévoilée, en ligne, le 16 avril prochain.

68e Berlinale: et les gagnants sont…

Les verdicts sont tombés : Tom Tykwer et ses jurés ont décerné leurs récompenses aux heureux lauréats. En voici la liste, suivie de quelques commentaires.

À noter tout d’abord que le prix du Meilleur 1er film (l’équivalent de la Caméra d’or cannoise) a été décerné à Touch Me Not, de Adina Pintilie.

Prix Alfred-Bauer (qui ouvre de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique ou offre une vision esthétique novatrice et singulière): Las herederas (The Heiresses). Oser affirmer que ce film d’un classicisme total ouvre de nouvelles perspectives ou offre une vision esthétique novatrice est pour le moins surprenant ! Sans doute faut-il y voir plutôt un choix consensuel, vu le sujet du film et le contexte sociétal paraguayen dans lequel il s’inscrit.

Ours d’argent de la Meilleure contribution artistique: Elena Okopnaya pour les costumes de Dovlatov. Là encore, probablement un choix plus politique que réellement artistique, compte tenu du thème et du parallèle que certains ne manqueront pas de faire avec la situation actuelle de la Russie.

Ours d’argent du Meilleur scénario : Manuel Alcala et Alonso Ruizpalacios pour Museum. Choix véritablement stupéfiant, tant le scénario de ce film ne présentait rien d’original par rapport à de nombreux autres films en compétition.

Ours d’argent du Meilleur acteur: Anthony Bajon pour La prière. Nous avions salué sa belle prestation, de là à la trouver supérieure à celle de Joaquin Phoenix et Franz Rogowski, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Le jeune comédien a indubitablement un bel avenir devant lui, mais cette récompense prestigieuse vient trop tôt, surtout compte tenu de l’excellente interprétation des deux acteurs cités ci-dessus et tous deux scandaleusement oubliés.

Ours d’argent de la Meilleure actrice : Ana Brun pour Las herederas (The Heiresses). Consternation de voir primée une comédienne ayant proposé un jeu sans relief, à l’image d’un film qui fait preuve d’une fausse audace en n’osant jamais aller jusqu’au bout de son propos.

Ours d’argent du Meilleur réalisateur: Wes Anderson pour Isle of Dogs. Nous avions placé le film dans notre palmarès, il méritait en effet de ne pas repartir bredouille.

Ours d’argent – Grand Prix du jury: Mug, de Malgorzata Szumowska. C’était notre Grand Prix idéal également. Trois ans après son sacre de Meilleure réalisatrice de la Berlinale 2015 pour Body, la cinéaste franchit donc un nouveau palier avec cette satire grinçante de la société polonaise et du poids écrasant de la religion.

Ours d’or du Meilleur film: Touch Me Not, de Adina Pintilie ! Nous l’avions vu également figurer au palmarès. En obtenant la récompense suprême à Berlin (en plus de celle du Meilleur premier film), le film est doublement récompensé pour l’incroyable audace dont il fait preuve. Reste à voir désormais qui seront les distributeurs (dans nos pays francophones) qui auront le courage de le sortir en salles.

Au final, un palmarès en demi teinte donc, mis à part pour les prix attribués à Mug, Isle of Dogs et Touch Me Not. Grosse déception par contre de voir Utøya 22.Juli et In the Aisles être complètement ignorés par le jury. Il en va de même pour les Ours d’argent des Meilleur acteur et Meilleure actrice, qui n’auraient jamais dû échapper à Joaquin Phoenix (ou Franz Rogowski) et Leonore Ekstrand. Palmarès très paradoxal également, puisque l’audace de choix tels que Touch Me Not, Mug et dans une certaine mesure Isle of Dogs, côtoie d’autres choix profondément consensuels. Mais ainsi en est-il en général des jurys des grands festivals européens. Et on se réjouira tout de même que Tom Tykwer et ses jurés aient laissé sur la touche les deux films-fleuves de cette 68e Berlinale, à savoir Season of the Devil et My brother’s name is Robert and he is an idiot, deux productions profondément ennuyeuse pour la première et prétentieuse pour la seconde.

Quoi qu’il en soit, cette cuvée 2018 de la Berlinale aura réservé quelques belles surprises (y compris dans les sections parallèles, dont nous aurons certainement l’occasion de reparler prochainement). Contrairement aux commentaires chagrins entendus ci et là sur une programmation décevante, le festival dirigé par Dieter Kosslick a prouvé qu’il avait encore de belles années devant lui.

Olivier Clinckart

68e Berlinale: le meilleur pour la fin?

Il restait quatre films à visionner dans la Compétition officielle avant que les jurés ne se retirent pour délibérer sur la répartition des prix. Et il est bien possible que les absents qui ont déjà quitté le Festival ont eu tort, car trois de ces quatre titres pourraient fort bien repartir de la 68e Berlinale avec un prix dans leur escarcelle. Voici un tour d’horizon des quatre titres concernés, suivi de notre palmarès personnel, dans l’attente des résultats qui seront connus ce samedi 24 février en soirée.

Museum (titre original : Museo), de Alonso Ruizpalacios, revisite à sa manière des évènements réels survenus en 1985, quand deux amis s’étant improvisés cambrioleurs amateurs avaient volé des objets d’art mayas d’une valeur inestimable au Musée National d’Anthropologie de Mexico. Voilà un sujet qui aurait pu donner lieu à une comédie dramatique des plus appréciables, si la mise en scène ne s’était pas avérée aussi ennuyeuse et manquant singulièrement de rythme. Et ce malgré la présence d’un acteur confirmé tel que Gael Garcia Bernal et le plaisir de revoir Leticia Brédice, actrice très rare sur les écrans européens mais dont on garde un beau souvenir pour sa prestation dans l’excellent film argentin Les neuf reines, en 2000. Bref, un film sans grand intérêt, ni bon ni mauvais, mais en tout cas certainement pas du niveau d’une Compétition officielle.

Touch Me Not, film roumain de Adina Pintilie, ne laisse, lui, nullement indifférent et ouvre grand la porte au débat pour son aspect expérimental et le sujet abordé qui auront profondément divisé la Critique et le public. Assez nombreux furent ceux qui quittèrent la salle lors des projections, désorientés par le spectacle qui leur était proposé. De fait, cette incursion très profonde et frontale dans l’intimité et la sexualité des protagonistes à de quoi marquer les esprits, tant sur le fond que sur la forme. Se partageant en permanence entre réalité et fiction, Touch Me Not brouille les cartes en permanence, développant une mise en abyme déroutante où la présence de la caméra de la réalisatrice est non seulement visible mais aussi palpable à chaque instant. Tout ici se réfère au rapport au corps, que ce soit par le biais d’une femme qui ne supporte plus d’être touchée par qui que ce soit, ou d’un homme souffrant de terribles malformations physiques, ou encore d’un travesti; tous ayant le même point commun: la revendication du droit à une vie sexuelle épanouie. Adina Pintilie ne met aucun gant pour aborder les tranches de vie qu’elle filme: la crudité de nombreuses scènes met inévitablement mal à l’aise dans un premier temps, nous confrontant à nos propres barrières morales ou psychologiques. Peu à peu toutefois, au fur et à mesure que nous partageons l’intimité des personnages, y compris jusque dans des situations qui ne sont pas censées être montrées, ceux-ci nous deviennent plus proches. Dès lors, aussi marginaux et hors-normes puissent-ils paraître de prime abord, ils nous apparaissent ensuite comme des êtres humains semblables à n’importe quel autre personne en quête d’amour. Probablement doit-on voir aussi dans le travail d’Adina Pintilie un rapport très complexe à la mère; c’est en tout cas ce qui semble transparaître d’un rêve qu’elle évoque dans son film, de même que le titre original roumain (Nu ma atinge-ma) laisse supposer un jeu de mots sur le mot « mama ». Si cette question n’a pas été abordée en conférence de presse, la réalisatrice a néanmoins insisté sur le fait que la fiction fonctionne comme un filet de sécurité par rapport à l’aspect documentaire. Ce qu’a confirmé un des acteurs amateurs, Christian Bayerlein, présent lui aussi à Berlin et remarquable pour le courage avec lequel il a assumé son handicap et accepté de s’exposer à l’écran.

Touch Me Not restera donc comme un film marquant de cette 68e Berlinale et s’il est clair que beaucoup n’ont pas du tout adhéré au concept, nous faisons le pari que le jury de Tom Tykwer ne restera pas insensible au premier long-métrage d’Adina Pintilie.

Le film polonais Mug permettait à Malgorzata Szumowska de revenir à la Berlinale, où elle avait été récompensée en 2015 de l’Ours d’argent de la Meilleure réalisatrice pour son excellent film Body. Elle mérite largement de récidiver en 2018 avec son nouveau film qui se veut une satire des plus grinçantes de la société polonaise toujours profondément influencée par la religion et la bigoterie, tout en cédant comme partout ailleurs aux tentations de la société de consommation. Avec une première séquence percutante d’une masse grouillante se ruant en sous-vêtements dans un supermarché pour y profiter d’une promotion, suivie par un autre plan sur fond de heavy metal à plein volume, Mug donne rapidement le ton. Avant que l’action ne s’installe dans un petit village de la campagne polonaise, où Jacek, qui vient de demander sa petite amie en mariage, va voir sa vie et son apparence physique bouleversées lorsqu’il subit un grave accident sur le chantier où il travaille à la construction d’une statue géante du Christ censée concurrencer celle de Rio de Janeiro.

Fable corrosive bourrée d’un humour acéré mais aussi empreinte d’une réflexion pleine de sens sur le poids écrasant des apparences et des traditions, le film risque de faire de fameuses vagues dans son pays d’origine. C’est en tout cas un des meilleurs concurrents en lice pour le palmarès final, tant pour sa réalisation que pour son interprétation.

In the Aisles, film allemand de Thomas Stuber, clôturait les projections de la Compétition officielle. On y retrouve dans les rôles principaux Franz Rogowski, déjà à l’affiche à la Berlinale cette année dans le Transit de Christian Petzold, et Sandra Hüller, remarquée à Cannes en 2016 pour sa belle prestation dans Toni Erdmann. Ce superbe film plein de délicatesse relate l’histoire de Christian, qui vient de se faire engager pour travailler au réassort et au transport de palettes dans un marché au gros dans une petite ville de l’est de l’Allemagne. Ou plutôt devrions-nous écrire dans une petite ville de l’ex-Allemagne de l’Est. Car ce rapport à ce pays disparu lors de la réunification allemande se fait sentir à travers les décors et une certaine nostalgie de « la vie d’avant » ressentie par certains protagonistes, qui tout en ayant intégré leur nouvelle vie capitaliste, n’en expriment pas moins les difficultés rencontrées lorsqu’il a fallu aborder cette transition.

Mais loin de se focaliser sur cette analyse, In the Aisles est aussi un récit profondément attachant sur fond de solitude et de personnages écorchés par l’existence, chacun à leur manière. Thomas Stuber filme superbement le microcosme constitué par ce décor de magasin au gros, donnant par moments à la disposition symétrique des rayonnages de palettes un aspect de décor de station spatiale, sensation renforcée par la musique de Strauss utilisée en plan d’ouverture et qui fait inévitablement penser au chef-d’oeuvre de Kubrick, 2001, l’odyssée de l’espace. Un remarquable travail sur l’image et le scénario et des protagonistes dont les fêlures personnelles ne font jamais verser l’histoire dans un quelconque excès narratif. Il est fort possible -et amplement mérité- qu’un film allemand figure au palmarès du 68e Festival de Berlin.

NOTRE PALMARÈS PERSONNEL IDÉAL (par ordre croissant) :

Prix Alfred-Bauer (qui ouvre de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique ou offre une vision esthétique novatrice et singulière) : Touch Me Not de Adina Pintilie

Ours d’argent de la Meilleure contribution artistique : Isle of Dogs, de Wes Anderson

Ours d’argent du Meilleur scénario : La prière, de Cédric Kahn

Ours d’argent de la Meilleure actrice : Léonore Ekstrand dans The Real Estate (joker: Marie Bäumer dans 3 jours à Quiberon)

Ours d’argent du Meilleur acteur : Joaquin Phoenix dans Don’t worry, he won’t get far on foot (joker: Franz Rogowski dans In the Aisles)

Ours d’argent du Meilleur réalisateur: Thomas Stuber pour In The Aisles

Ours d’argent – Grand Prix du jury: Mug, de Malgorzata Szumowska

Ours d’Or du Meilleur film : Utøya 22.Juli, de Erik Poppe

Verdict final ce samedi 24 février à partir de 19h!

Olivier Clinckart

68e Berlinale: pour le pire et le meilleur

68e Berlinale : pour le pire et le meilleur

Dans chaque Compétition officielle d’un grand festival, d’excellents films côtoient des productions nettement moins inspirées. L’édition 2018 de la Berlinale ne déroge pas à la tradition. Poursuivons notre passage en revue des longs-métrages en lice, du plus affligeant au plus convaincant.

My brother’s name is Robert and he is an idiot, de Philip Gröning, à qui l’on devait Le grand silence, très beau documentaire contemplatif tourné en 2005 au coeur du monastère de la Grande Chartreuse.

Ici, Gröning aborde des thèmes philosophiques par l’intermédiaire d’un frère et d’une soeur, jumeaux fusionnels dont l’escapade bucolique non loin d’une station service de campagne va peu à peu tourner à l’aigre. Et « peu à peu » est assurément la formule adéquate pour décrire cette interminable dissertation pesante de 174 minutes qui dissuaderait quiconque de s’intéresser à un ouvrage de philosophie ! Gröning pratique en effet ici une insupportable séance de masturbation intellectuelle dont le déroulement laisse pantois. Pseudo-reflexion sur le temps, le film n’en finit pas d’étaler sa vacuité, propulsant Season of the devil, le film-fleuve de Lav Diaz (que nous évoquions assez sévèrement dans notre compte-rendu précédent), au rang de récit palpitant. Heidegger, Saint-Augustin et Platon, cités fréquemment par les deux personnages principaux, ne méritaient pas d’être associés au long-métrage le plus vain de la Compétition !

Pig constitue pour sa part un film iranien pour le moins étonnant, car plein d’humour et d’une ironie à laquelle on n’était guère accoutumés de la part d’un pays connu pour surveiller très étroitement le contenu des productions cinématographiques. Le réalisateur Mani Haghighi développe le récit joyeusement décalé d’un réalisateur blacklisté et temporairement interdit de tournage qui doit faire face au meurtre sauvage de plusieurs confrères par un mystérieux tueur. Cette comédie noire a eu le mérite de dérider les zygomatiques avec son humour bon enfant qui, s’il prend habilement soin de ne pas chercher à froisser le régime, n’en est pas moins joliment irrévérencieux et permet à l’acteur principal, Hasan Majuni, d’incarner un personnage particulièrement haut en couleur.

Dans un registre très différent, La prière, de Cédric Kahn, relate l’histoire de Thomas, un jeune homme de 22 ans envoyé dans une communauté religieuse en montagne où, en compagnie d’autres jeunes adultes, il va devoir essayer de se débarrasser de son addiction à la drogue. Les débuts seront très difficiles et douloureux, faits de doutes, de révolte et de quasi-renoncement, mais peu à peu, Thomas va comprendre que sa seule planche de salut réside dans ce groupe d’individus au sein duquel il va peut-être pouvoir réapprendre à vivre.

Avec un tel sujet, la crainte de tomber dans l’apologie d’un mysticisme aussi naïf que douteux n’est jamais bien loin. Mais Cédric Kahn évite intelligemment cet écueil en ne forçant jamais le trait et en filmant cette quête de rédemption quasiment à la manière d’un documentaire. Par extension, il nous renvoie à nos propres croyances ou non-croyances pour mieux mettre en lumière que la spiritualité peut être multiple et revêtir de nombreuses formes. Il peut compter par ailleurs sur la qualité de jeu de ses interprètes, à commencer par Anthony Bajon, rôle principal et belle révélation de La prière. Un film qui ne devra peut-être pas invoquer tous les saints du Paradis pour décrocher l’un ou l’autre prix lors de la soirée de clôture de la Berlinale.

Enfin, autre excellente surprise, le dernier film de Gus Van Sant et un des meilleurs de la Compétition officielle, Don’t worry, he won’t get far on foot, qui devrait logiquement valoir l’Ours d’argent du Meilleur acteur à Joaquin Phoenix. Le comédien est époustouflant dans son incarnation du dessinateur John Callahan, cartooniste américain devenu paralysé suite à grave accident de voiture survenu sous l’influence de l’alcool. Un alcoolisme ravageur dont Callahan cherchera peu à peu à se débarrasser grâce à l’influence d’un mentor charismatique (incarné par l’épatant Jonah Hill) et qui lui permettra ensuite d’exploiter son talent pour le dessin.

Le risque de ce genre de biopic basé sur la rédemption et hollywoodien de surcroît est de tomber dans l’excès de pathos. Mais pas besoin de sortir les mouchoirs grâce à la mise en scène parsemée de notes d’humour de Van Sant qui, refusant toute linéarité, fait se succéder les passages d’une époque à l’autre, évoquant à tour de rôle l’avant-accident et l’après-accident de Callahan, tout au long de séquences qui permettent au fur et à mesure de mieux cerner les blessures profondes de l’homme et de comprendre, sans les justifier pour autant, les failles l’ayant mené aux excès d’alcool qui l’ont laissé lourdement handicapé.

Cette leçon de vie doublée d’une ode (jamais mièvre) à la seconde chance ne pouvait pas trouver meilleur interprète que Joaquin Phoenix, bluffant de vérité et de… sobriété. L’acteur pourrait donc parfaitement faire un sensationnel coup double en matière de prix d’interprétation, puisqu’il avait reçu la Palme d’Or du meilleur comédien en mai 2017 à Cannes, il y a donc tout juste neuf mois, pour le film You were never really here. Sous réserve des quelques films qui doivent encore visionnés dans le cadre de la Compétition, il serait incompréhensible que le jury passe à côté d’une telle performance.

Olivier Clinckart