Berlinale 2018: Clap 68e!

La 68e édition du Festival de Berlin a été inaugurée ce jeudi 15 février, ouvrant ainsi le bal annuel des trois grands festivals européens pour 2018, avant Cannes en mai et Venise en septembre.

Parmi les membres du jury international présidé par le réalisateur Tom Tykwer (Cours, Lola, cours), on notera la présence de l’actrice belge Cécile de France, qui aura donc la lourde tâche, avec ses collègues jurés, de déterminer à qui iront les lauriers de la Compétition officielle parmi les 19 films en lice.

Et s’il en est un qui se place d’ores et déjà en bonne position pour ne pas repartir bredouille, c’est le dernier film en date de Wes Anderson, qui était projeté lors du gala d’ouverture et a reçu un très bon accueil public et critique.

L’ïle aux chiens (Isle of dogs) était un choix intéressant de la part des programmateurs: un film d’animation est en effet plutôt rare pour une soirée d’ouverture. Mais on sait qu’Anderson est une valeur sûre et il l’a encore prouvé avec cette bonne allégorie des régimes politiques totalitaires et corrompus, dans laquelle, suite à une épidémie de grippe canine au Japon, tous les chiens malades sont déportés sur une île voisine.

En présence de quelques-uns des acteurs -parmi lesquels Jeff Goldblum, Liev Schreiber, Greta Gerwig et Bill Murray- prêtant leurs voix aux personnages dans la V.O., Wes Anderson a donc pu savourer un retour gagnant dans l’univers de l’animation, après le très apprécié Fantastic Mr. Fox.

La Compétition officielle pouvait donc prendre son envol et s’est poursuivie ce vendredi 15 février avec Las herederas (The Heiresses, littéralement « les héritières »), la première production du Paraguay a être sélectionnée dans une Compétition d’un grand festival, se félicitait son réalisateur, Marcelo Martinessi. Coproduction internationale en fait mais qui cherche à dépeindre un des aspects de cette nation d’Amérique du Sud à travers le récit de Chela et Chiquita, deux femmes d’âge mûr formant depuis longtemps un couple et dont le quotidien déjà rendu difficile par les ennuis financiers, se voit perturbé encore davantage lorsque Chiquita doit purger quelques semaines de prison suite à un problème de dettes. Paradoxalement, alors que sa compagne est détenue, Chela (re)découvre une certaine liberté. Si ce tableau social de facture classique -y compris jusqu’à sa conclusion attendue- dépeint une certaine réalité du Paraguay (la vieille bourgeoisie déclinante, l’absence des hommes) le spectateur étranger n’en possède pas tous les codes permettant de l’apprécier pleinement. Reste l’interprétation efficace de son actrice principale, Ana Brun.

Accueil plutôt tiède, enfin, pour Damsel, western décalé et qui ne se prend pas au sérieux, réalisé par les deux frères David & Nathan Zellner. Et avec un bien joli casting composé de Robert Pattinson, Mia Wasikowska, Robert Forster et… les deux co-réalisateurs eux-mêmes! Etonnamment, Robert Pattinson s’était retrouvé en Sélection officielle à Cannes en 2017 pour le déjanté et jouissif Good Time, co-réalisé par… deux autres frères, Joshua et Ben Safdie! Neuf mois plus tard, le voici donc à Berlin, pour un nouveau récit plein d’ironie, dans lequel c’est clairement la femme qui porte la culotte face à des hommes plutôt stupides et/ou fort peu courageux. Comme pour le film paraguéen cité plus haut, Damsel s’avère être assez classique et ne cherche pas à renouveler le genre, mais, à l’instar de Good Time à Cannes et malgré le peu d’enthousiasme de la Critique, nous ne pouvons nous empêcher d’apprécier la fantaisie qu’il dégage, un élément toujours bienvenu au sein de compétitions officielles souvent frileuses lorsqu’il s’agit d’y inclure l’une ou l’autre comédie. Par ailleurs, force est de souligner le talent indéniable de Robert Pattinson; talent probablement pas encore reconnu à sa juste valeur, du moins tant que l’étiquette de Twilight lui collera encore à la peau.

Olivier Clinckart