71e Berlinale: Un Festival au féminin (I)

Cette 71e édition de la Berlinale aura permis de découvrir de beau portraits féminins dans les différentes sections du festival. Ainsi, dans la section Generation, le film suisse La Mif (♥♥♥), de Fred Baillif, ne sera pas passé inaperçu. La « mif » en langage « jeune », c’est la famille. Celle de sept jeunes filles qui vivent sous le même toit et ne se sont pas choisies, tout comme une famille. Sorties de milieux difficiles, elles sont hébergées au sein d’un foyer, où elles partagent joies et douleurs, se rebellent contre les failles de leur entourage et les injustices d’une existence qui ne les a pas gâtées. Lora, la directrice du foyer, est toujours là pour elles et se dévoue pour composer au mieux avec ses pensionnaires et les obligations auxquelles elle est soumise pour gérer ce genre de maison d’accueil.

Loin de l’image idéalisée qu’on peut avoir de la Suisse (celle d’un pays riche et paisible), La Mif en présente un autre aspect et pointe du doigt l’imperfection du système de protection de la jeunesse, ainsi que la fragilité des structures sociales. Tout en amenant une réflexion pleine de sensibilité sur le sens de ce qu’est une famille. Les jeunes actrices, impressionnantes de réalisme, ont collaboré étroitement avec le réalisteur dans le développement de leurs personnages. Il en résulte un film profond et intense qui n’a sûrement pas fini de faire parler de lui.

Anaïs Uldry, Amandine Golay, Amélie Tonsi, Kassia Da Costa, Sara Tulu, Joyce Esther Ndayisenga, Charlie Areddy -
© Stéphane Gros / Lumière Noire

Dans la section Berlinale Special, qui présente des films hors compétition, le documentaire Tina (♥♥♥), de Dan Lindsay et T.J. Martin, rend un superbe hommage à Tina Turner, dans un témoignage en forme de quasi-testament spirituel. De ses débuts en duo avec Ike Turner à ses mémorables tournées mondiales dans les années 1980, la chanteuse se livre probablement comme jamais auparavant. Révélant ses luttes les plus intimes et partageant certains de ses moments les plus personnels, Tina nous permet de retrouver l’artiste dans un long entretien exceptionnel filmé en 2019 et entrecoupé de nombreuses images d’archives sur lesquelles il est quasi impossible de ne pas se mettre à danser devant l’écran.

Enfin, dans la Compétition officielle, Célina Sciamma explore à nouveau avec talent le monde de l’enfance avec Petite maman (♥♥). Nelly, huit ans, vient de perdre sa grand-mère bien-aimée et aide ses parents à nettoyer la maison d’enfance de sa mère. Elle explore la maison et les bois environnants où sa mère, Marion, jouait et où elle a construit la cabane dans les arbres dont Nelly a tant entendu parler. Un jour, sa mère part soudainement. C’est alors que Nelly rencontre une fille de son âge dans les bois, construisant elle aussi une cabane dans les arbres. Elle se prénomme également Marion.

Joséphine Sanz, Gabrielle Sanz
© Lilies Films

Participant pour la deuxième fois à la Berlinale après Tomboy en 2011, Céline Sciamma y revient avec une œuvre intimiste et poétique baignant dans une belle lumière automnale. La réalisatrice interroge les grandes questions de la vie dans une perspective résolument féminine. Le pouvoir de la mémoire et de l’imagination sont explorés au cours d’un beau parcours émotionnel incarné par la grâce des deux jeunes interprètes, bluffantes de naturel.

Olivier Clinckart

Portrait de la jeune fille en feu – Sélection officielle

Un feu pas très ardent

♥ 1/2

1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde. Peu à peu, l’affection qu’elle ressent pour Héloïse se transforme en quelque chose de beaucoup plus complexe.

En situant son récit à la fin du 18e siècle, Céline Sciamma dresse un tableau de la condition féminine à une époque bien précise, où l’amour entre deux femmes était une chose aussi impensable qu’impossible à assumer. Or, comment transposer à l’écran cet amour interdit? C’est là que se situe la première limite du film: toute en retenue, la mise en scène s’emploie à maîtriser l’émotion et la naissance des sentiments qui animent les deux protagonistes.

Tant et si bien que ce n’est véritablement que dans la dernière demi-heure que cette passion obligatoirement contenue peut enfin se libérer. Trop tard déjà pour entretenir l’intérêt d’une évolution scénaristique tellement attendue à force de se laisser désirer qu’elle finit par lasser.

Reste le soin apporté aux costumes et aux décors, mais l’ensemble est bien trop prévisible que pour parvenir à enflammer le spectateur.

Olivier Clinckart