Berlinale avec « B » comme « Belgique »

Une fois de plus, les coproductions belges sont bien représentées à la Berlinale dans les différentes sections du festival.

Parmi celles-ci, God exists, Her Name is Petrunija (♥♥) a fait très bonne impression en Compétition officielle lors de ses projections à la presse. Cette coproduction de 5 pays parmi lesquels la Belgique et la Macédoine (nouvellement appelée « du Nord ») est coproduite en Belgique par Entre Chien et Loup avec le soutien du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel.

Le film évoque une tradition bien ancrée en Macédoine, où chaque 19 janvier, pendant l’Epiphanie, le prêtre jette une croix dans l’eau d’un fleuve où des centaines d’hommes se jettent à leur tour pour tenter de la récupérer. Celui qui y parvient en premier est censé être béni et protégé pour une année entière. Mais cette tradition réservée à la population mâle se voit bouleversée le jour où Petrunija, une historienne de 31 ans célibataire et qui essuie échec sur échec à chaque entretien d’embauche décide de sauter à l’eau également pour tenter sa chance et est la première à toucher la précieuse croix.

La réalisatrice Teona Strugar Mitevska s’attaque donc au poids écrasant des traditions qui régissent encore bien des sociétés et en démontre tout le paradoxe. Pour autant, le film ne cherche pas à se transformer en manifeste revendicatif et c’est là toute son intelligence. Au contraire, le scénario propose une analyse en douceur de certains aspects de la société macédonienne et de l’influence que certains rites ancestraux peuvent encore avoir aujourd’hui sur cette région de l’Europe. Ce faisant et en ayant recours à un titre des plus éloquents qui fait de Dieu un élément de sexe féminin, la cinéaste place subtilement l’héroïne au centre d’un enjeu qui concerne toutes les femmes et transforme Petrunija, jeune trentenaire rondouillarde mal dans sa peau, en une personne plus forte et qui comprend qu’elle a, elle aussi, droit au respect.

La néophyte Zorica Nusheva impressionne dans la peau de Petrunija et met tout son poids -au propre comme au figuré- pour incarner brillamment son personnage. Si le film ressemble par de nombreux aspects à d’autres productions des Balkans qui évoquent des thèmes similaires, l’interprétation remarquée de Zorica Nusheva et les touches d’humour salutaires du scénario pourraient bien faire figurer God exists… au palmarès de cette 69e Berlinale.

Hellhole (♥♥), de Bas Devos, figurait au programme de la section Panorama. où il reçu un bon accueil lors de ses différentes projections (qui affichaient toutes complet). Le titre fait référence aux propos pour le moins méprisants tenus par le président américain Donald Trump, qui avait traité Bruxelles de « trou à rats ».

Mais malgré son titre, purement ironique, Hellhole s’applique à démontrer que Bruxelles est une ville comme les autres qui a eu, elle aussi, à subir le traumatisme d’attentats sanglants en mars 2016. C’est l’après-attentats que Bas Devos aborde ici, par le biais de plusieurs citoyens qui tentent peu à peu de relever la tête après avoir été confrontés à l’horreur de cette journée du 22 mars. Des citoyens qui ont tous eu à subir le même choc, sans distinction de race, de couleur de peau ou de religion.

En filmant ce quotidien de gens ordinaires, le réalisateur opte pour une mise en scène intéressante, alternant les longs plans fixes et les travellings qui parcourent les rues ou les bâtiments. Aucun sensationnalisme donc, et un rythme volontairement lent qui prend le temps d’installer chaque séquence. Un choix formel qui fait de Hellhole un exercice de style assez réussi dans son genre.

Olivier Clinckart