The House That Jack Built – Sélection officielle (Hors Compétition)

Le grand film que Lars a construit

♥♥♥

États-Unis, dans les années 70. Jack est un tueur en série qui considère chaque meurtre comme une œuvre d’art en soi. Alors que l’ultime et inévitable intervention de la police ne cesse de se rapprocher, il décide – contrairement à toute logique – de prendre de plus en plus de risques.

Le récent Lion d’Or de Berlin, Touch Me Not, avait profondément divisé le public et la Critique, un certain nombre de spectateurs quittant même la salle pendant la projection. Re-belote, mais cette fois à Cannes, avec le dernier film de Lars Von Trier, qui n’aura donc à nouveau laissé personne indifférent. Belle manière de célébrer enfin le retour du réalisateur danois sur la Croisette, lui qui y était persona non grata depuis l’incident -fortement monté en épingle- lié à ses déclarations maladroites en 2011. Est-ce d’ailleurs pour faire les choses en douceur que les organisateurs ont choisi de projeter The House That Jack Built hors compétition, alors que le film aurait largement pu prétendre aux honneurs de la course à la Palme? Toujours est-il que Von Trier signe ici une nouvelle pépite et que Matt Dillon incarne de façon redoutable un tueur en série aux crimes particulièrement sadiques.

D’emblée, d’ailleurs, le scénario donne le ton, avec une séquence d’ouverture pour le moins suprenante et gratinée interprétée par Uma Thurman et Dillon. Le reste sera du même acabit, avec une violence dont le personnage principal ne se départira pas. Construit en chapitres, avec une voix off et un dialogue entre le meurtrier et un autre personnage dont on ne comprendra le rôle que tardivement, The House That Jack Built ne sera perçu par les détracteurs de Von Trier que comme une énième provocation de sa part. De même, ils jugeront les scènes de violence comme insoutenables. Il s’agirait pourtant là d’une interprétation erronée au premier degré, alors que l’oeuvre du cinéaste doit, justement, se lire au second, voire parfois même au troisième degré.

Car, finalement, où réside la véritable violence dans le film? Dans le comportement de Jack? Certes, mais aussi et tout autant dans l’insupportable indifférence dont peut faire preuve une Amérique confrontée quotidiennement à une violence omniprésente et qu’elle ne réussit pas à endiguer, trop attachée à défendre jusqu’à l’absurde le droit de détenir des armes, alors que celles-ci font des milliers de morts chaque année. Il est donc indispensable de saisir l’aspect métaphorique du récit pour en saisir pleinement toute sa portée. Alors seulement, toutes les prouesses filmiques de son auteur prendront tout leur sens. En ce qui nous concerne, le doute n’est pas permis: Von Trier revient en grande forme au Festival de Cannes!

Olivier Clinckart