Sorry We Missed You – Sélection officielle

A ne pas manquer

♥♥♥

Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte.

Pour sa 14e sélection en compétition à Cannes, Ken Loach se fait à nouveau le champion d’une parole ouvrière partout mise à mal. Sans grandes stars, mais toujours le cœur au ventre.

Ken Loach fait du cinéma comme il respire. Et à 82 ans, le vétéran du cinéma britannique n’a rien perdu de sa foi si forte à creuser le sillon du social pour témoigner de l’existence des miséreux, des petits, des oubliés. Car c’est son credo, ces « héros du quotidien », comme il les appelle, ont aussi droit à vivre leur part de rêve.

Loach a ainsi passé toute sa vie d’artiste à mettre les « sans-grade » en lumière, donnant au passage quelques bons coups de pied assortis d’humour dans le derrière du néolibéralisme et de ses excès. Ses marottes? Les ravages des politiques publiques et leurs effets secondaires sur les cellules familiales déjà fragilisées des cités (Sweet Sixteen, Moi, Daniel Blake), la dénonciation des injustices sociales et… historiques (Land and Freedom, Le vent se lève) et la lutte pour le droit des travailleurs et des immigrés (Bread and Roses, It’s a Free World).

Avec Sorry We Missed You, présenté en Sélection officielle, Loach continue à donner la parole aux pauvres. Ici, c’est une famille qui subit de plein fouet les effets de la crise financière de 2008 dont il va montrer les efforts surhumains mais aussi la solidarité dans l’épreuve, pour s’en sortir. A 82 ans, Loach n’a peut-être jamais été autant en phase avec le monde réel, à l’heure de la grogne sociale qui a gagné toute l’Europe.

Interprété par des acteurs quasi-inconnus au bataillon, le film, toujours scénarisé par le fidèle Paul Laverty, pourrait valoir une troisième Palme d’or à Loach. Situation singulière, le film est coproduit par Les Films du Fleuve, la société des frères Dardenne qui sont aussi en course pour une 3e Palme d’Or avec Le jeune Ahmed. Sorry We Missed You a également reçu le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge, de Be tv et Cineart.

Thierry Van Wayenbergh

 

 

 

 

Une affaire de famille – Sélection officielle

Famille adoptée

♥♥♥

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

Grand habitué des honneurs de la Croisette (5 participations à la Compétition officielle depuis 2001!), Hirokazu Kore-eda revient avec un drame subtil, avec cette histoire d’une famille pas vraiment comme les autres, où les codes moraux traditionnels sont laissés au placard. Pourtant, et c’est là toute l’habileté du scénario et de la mise en scène, impossible de ne pas ressentir de l’empathie pour ces personnages, tous plus ou moins marginaux, qui ont su se créer un microcosme au sein duquel l’affection et l’amour sont présents. D’où, par extension, la réflexion puissante que lance Kore-eda sur le thème des liens familiaux, au fur et à mesure que les relations entre les personnages se précisent et que la société va chercher à briser la logique qui prévaut dans leur groupe.

Autant de tranches de vie attachantes, voire bouleversantes à l’approche de la conclusion, auxquelles le jury cannois ne restera probablement pas insensible au moment de rendre ses verdicts.

Olivier Clinckart