La Gomera / The Whistlers – Sélection officielle

Sifflement admiratif

♥♥♥

Cristi, un inspecteur de police de Bucarest corrompu par des trafiquants de drogue, est soupçonné par ses supérieurs et mis sur écoute. Embarqué malgré lui par la sulfureuse Gilda sur l’île de la Gomera, il doit apprendre vite le Silbo, une langue sifflée ancestrale. Grâce à ce langage secret, il pourra libérer en Roumanie un mafieux de prison et récupérer les millions cachés. Mais l’amour va s’en mêler et rien ne se passera comme prévu…

(Critique à suivre)

Atlantique – Sélection officielle

Mati Diop, de l’Atlantique à la Méditerranée

♥♥

Dans une banlieue populaire de Dakar, les ouvriers du chantier d’une tour futuriste, sans salaire depuis des mois, décident de quitter le pays par l’océan pour un avenir meilleur. Parmi eux se trouve Souleiman, l’amant d’Ada, promise à un autre. Quelques jours après le départ des garçons, un incendie dévaste la fête de mariage de la jeune femme et de mystérieuses fièvres s’emparent des filles du quartier. Ada est loin de se douter que Souleiman est revenu…

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop connaît d’emblée les honneurs d’une Sélection officielle à Cannes.

Ceux qui connaissent la filmographie de Mati Diop auront une impression familière en découvrant le titre de son film. Et pour cause : Atlantique est la version longue d’un de ses courts-métrages, Atlantiques, remarqué en 2010. Depuis, la jeune femme a encore tourné deux autres courts-métrages et deux moyens-métrages, avant de franchir le cap du long avec cette production.

Avec son ton quasi documentaire auquel viennent s’ajouter une touche fantastique et onirique,  Atlantique décrit des réalités du quotidien: le drame des migrants, le poids de la tradition et des mariages arrangés, le choc des cultures entre une jeune génération qui aspire à la liberté et l’ancienne plus rigoriste… Si le scénario s’avère être assez mince, le film n’en contient pas moins un aspect envoûtant qui laisse augurer d’une suite de carrière prometteuse pour Mati Diop.

Cette dernière, fille du musicien sénégalais Wasis Diop, est née en 1982 à Paris. « Je viens à la fois d’ici et d’ailleurs, du Sénégal », explique celle qui est aussi la nièce du célèbre cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambety et qui est considérée comme la relève du cinéma sénégalais.

Au niveau de la participation belge, Atlantique est coproduit par Frakas Productions et avec le partenariat de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de Casa Kafka Pictures.

Sur son site internet, Frakas Productions précise « suivre des réalisateurs portant un regard critique sur la société et participer activement au développemens de ses coproductions internationales..Jean-Yves Roubin (fondateur et gérant) et Cassandre Warnauts (productrice) développent en (co)produisent ensemble énormément de premiers longs-métrages, tout en continuant d’accompagner leurs auteurs sur la durée ».

Véronique Chartier & Olivier Clinckart

Les misérables – Sélection officielle

Les remarquables misérables

♥♥♥

Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

(Critique à suivre)

 

 

Little Joe – Sélection officielle

Fleur fanée

Alice, mère célibataire, est une phytogénéticienne chevronnée qui travaille pour une société spécialisée dans le développement de nouvelles espèces de plantes. Elle a conçu une fleur très particulière, rouge vermillon, remarquable tant pour sa beauté que pour son intérêt thérapeutique. En effet, si on la conserve à la bonne température, si on la nourrit correctement et si on lui parle régulièrement, la plante rend son propriétaire heureux. Alice va enfreindre le règlement intérieur de sa société en offrant une de ces fleurs à son fils adolescent, Joe. Ensemble, ils vont la baptiser  » Little Joe « . Mais, à mesure que la plante grandit, Alice est saisie de doutes quant à sa création: peut-être que cette plante n’est finalement pas aussi inoffensive que ne le suggère son petit nom.

(Critique à suivre)

 

 

 

 

 

Bacurau – Sélection officielle

Un western politique peu emballant

Dans un futur proche… Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.

(Critique à suivre)

 

Portrait de la jeune fille en feu – Sélection officielle

Un feu pas très ardent

♥ 1/2

1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde. Peu à peu, l’affection qu’elle ressent pour Héloïse se transforme en quelque chose de beaucoup plus complexe.

(Critique à suivre)

Sorry We Missed You – Sélection officielle

A ne pas manquer

♥♥♥

Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte.

Pour sa 14e sélection en compétition à Cannes, Ken Loach se fait à nouveau le champion d’une parole ouvrière partout mise à mal. Sans grandes stars, mais toujours le cœur au ventre.

Ken Loach fait du cinéma comme il respire. Et à 82 ans, le vétéran du cinéma britannique n’a rien perdu de sa foi si forte à creuser le sillon du social pour témoigner de l’existence des miséreux, des petits, des oubliés. Car c’est son credo, ces « héros du quotidien », comme il les appelle, ont aussi droit à vivre leur part de rêve.

Loach a ainsi passé toute sa vie d’artiste à mettre les « sans-grade » en lumière, donnant au passage quelques bons coups de pied assortis d’humour dans le derrière du néolibéralisme et de ses excès. Ses marottes? Les ravages des politiques publiques et leurs effets secondaires sur les cellules familiales déjà fragilisées des cités (Sweet Sixteen, Moi, Daniel Blake), la dénonciation des injustices sociales et… historiques (Land and Freedom, Le vent se lève) et la lutte pour le droit des travailleurs et des immigrés (Bread and Roses, It’s a Free World).

Avec Sorry We Missed You, présenté en Sélection officielle, Loach continue à donner la parole aux pauvres. Ici, c’est une famille qui subit de plein fouet les effets de la crise financière de 2008 dont il va montrer les efforts surhumains mais aussi la solidarité dans l’épreuve, pour s’en sortir. A 82 ans, Loach n’a peut-être jamais été autant en phase avec le monde réel, à l’heure de la grogne sociale qui a gagné toute l’Europe.

Interprété par des acteurs quasi-inconnus au bataillon, le film, toujours scénarisé par le fidèle Paul Laverty, pourrait valoir une troisième Palme d’or à Loach. Situation singulière, le film est coproduit par Les Films du Fleuve, la société des frères Dardenne qui sont aussi en course pour une 3e Palme d’Or avec Le jeune Ahmed. Sorry We Missed You a également reçu le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge, de Be tv et Cineart.

Thierry Van Wayenbergh

 

 

 

 

The Dead Don’t Die – Sélection officielle

Un film d’ouverture à croquer

♥♥ 1/2

Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. A juste titre, puisque soudain, les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir!

C’est avec une ironie placide et acide que Jim Jarmusch se plaît à croquer -au propre comme au figuré- les travers politiques de la société américaine et à dénoncer le matérialisme dévorant d’une communauté humaine cannibale, qui court à son inévitable perte en mettant en péril son propre environnement.

En jouant sur les contrastes entre l’atmosphère réaliste d’une petite ville de province où il fait bon vivre et le caractère horrifique de son cimetière grouillant de morts-vivants, Jarmusch souligne l’inconscience citoyenne universelle et les forces obscures de ceux qui ont opté pour le déni.

Même si l’humour et les nombreux clins d’oeil sont jubilatoires, l’on peut toutefois reprocher au réalisateur le manque de subtilité de sa critique, tant celle paraît parfois fort appuyée. Ce qui n’empêche heureusement en rien de passer un bon moment grâce à l’excellent casting (Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Steve Buscemi…) de ce film d’ouverture du 72 Festival de Cannes.

Christie Huysmans

 

BlacKkKlansman – Sélection officielle

Black Power

♥♥♥

Au début des années 70, Ron Stallworth devient le premier officier noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.

Alors qu’on le pensait en pleine mort artistique, Spike Lee revient et livre avec BlacKkKlansman le film le plus cool de toute sa sélection. Doté d’une image « à grain » des années 70, une référence immédiate aux yeux de Lee au cinéma de la Blaxploitation, mais qui lui donne aussi indéniablement un look vintage très en vogue aujourd’hui, le film conte une ébouriffante histoire tirée d’un fait réel.

Menant son récit sur le mode surréaliste, Lee offre avec BlacKkKlansman la réponse la plus cinglante et la plus drôle à la fois à ce racisme rampant qui a repris du poil de la bête (immonde) un peu partout aujourd’hui. Jouant sur le fil du divertissement ultra-jubilatoire (le film assume à fond sa veine burlesque et kitsch) et de l’appel un peu terrifiant à la vigilance (à la fin du métrage, les images de violences actuelles à Charlottesville, où Lee tacle vertement un certain Trump, font véritablement froid dans le dos, le passage de la fiction à la réalité faisant l’effet d’une méchante gueule de bois) avec une maestria confondante.

Thierry Van Wayenbergh

Les filles du soleil – Sélection officielle

Combat perdu pour Eva Husson

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Au Kurdistan, Bahar, commandante du bataillon Les Filles du Soleil, se prépare à libérer sa ville des mains des hommes en noir, avec l’espoir de retrouver son fils. Une journaliste française, Mathilde, vient couvrir l’offensive et témoigner de l’histoire de ces guerrières d’exception. Depuis que leur vie a basculé, toutes se battent pour la même cause : la femme, la vie, la liberté.

Après le très prometteur Bang Gang, on s’attendait à ce que Eva Husson confirme sur sa lancée. Malheureusement, en changeant radicalement de registre, elle a aussi perdu la belle inspiration qui l’avait animée pour son premier long-métrage. Elle signe ici un film convenu, qui n’arrive jamais à la hauteur de son sujet. En voulant décrire le combat courageux d’un groupe de femmes combattantes, elle semble surtout avoir voulu tourner un film féministe pour être dans l’air du temps. Trop d’effets appuyés et de moments à la limite du pathétique tâchent -sans y parvenir- de faire pleurer dans les chaumières. Avec comme cerise sur le gâteau un interminable monologue final que l’on croirait tout droit sorti d’un mauvais magazine féminin. Et que dire de la prestation calamiteuse d’Emmanuelle Bercot, décidément bien meilleure réalisatrice qu’actrice? Ne parvenant jamais à trouver le ton juste, elle incarne par ailleurs un personnage (borgne de surcroît; pour en rajouter une couche en matière de pathos!) dont on ne comprend jamais l’utilité.

Bref, un film dont on se demande comment il a pu atterrir en Sélection officielle. Nous parlions d’un thème bien dans l’air du temps; peut-être est-ce cela qui aura motivé les sélectionneurs, au détriment de toute vraie originalité.

Christie Huysmans