BlacKkKlansman – Sélection officielle

Black Power

♥♥♥

Au début des années 70, Ron Stallworth devient le premier officier noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.

Alors qu’on le pensait en pleine mort artistique, Spike Lee revient et livre avec BlacKkKlansman le film le plus cool de toute sa sélection. Doté d’une image « à grain » des années 70, une référence immédiate aux yeux de Lee au cinéma de la Blaxploitation, mais qui lui donne aussi indéniablement un look vintage très en vogue aujourd’hui, le film conte une ébouriffante histoire tirée d’un fait réel.

Menant son récit sur le mode surréaliste, Lee offre avec BlacKkKlansman la réponse la plus cinglante et la plus drôle à la fois à ce racisme rampant qui a repris du poil de la bête (immonde) un peu partout aujourd’hui. Jouant sur le fil du divertissement ultra-jubilatoire (le film assume à fond sa veine burlesque et kitsch) et de l’appel un peu terrifiant à la vigilance (à la fin du métrage, les images de violences actuelles à Charlottesville, où Lee tacle vertement un certain Trump, font véritablement froid dans le dos, le passage de la fiction à la réalité faisant l’effet d’une méchante gueule de bois) avec une maestria confondante.

Thierry Van Wayenbergh

Les filles du soleil – Sélection officielle

Combat perdu pour Eva Husson

0

Au Kurdistan, Bahar, commandante du bataillon Les Filles du Soleil, se prépare à libérer sa ville des mains des hommes en noir, avec l’espoir de retrouver son fils. Une journaliste française, Mathilde, vient couvrir l’offensive et témoigner de l’histoire de ces guerrières d’exception. Depuis que leur vie a basculé, toutes se battent pour la même cause : la femme, la vie, la liberté.

Après le très prometteur Bang Gang, on s’attendait à ce que Eva Husson confirme sur sa lancée. Malheureusement, en changeant radicalement de registre, elle a aussi perdu la belle inspiration qui l’avait animée pour son premier long-métrage. Elle signe ici un film convenu, qui n’arrive jamais à la hauteur de son sujet. En voulant décrire le combat courageux d’un groupe de femmes combattantes, elle semble surtout avoir voulu tourner un film féministe pour être dans l’air du temps. Trop d’effets appuyés et de moments à la limite du pathétique tâchent -sans y parvenir- de faire pleurer dans les chaumières. Avec comme cerise sur le gâteau un interminable monologue final que l’on croirait tout droit sorti d’un mauvais magazine féminin. Et que dire de la prestation calamiteuse d’Emmanuelle Bercot, décidément bien meilleure réalisatrice qu’actrice? Ne parvenant jamais à trouver le ton juste, elle incarne par ailleurs un personnage (borgne de surcroît; pour en rajouter une couche en matière de pathos!) dont on ne comprend jamais l’utilité.

Bref, un film dont on se demande comment il a pu atterrir en Sélection officielle. Nous parlions d’un thème bien dans l’air du temps; peut-être est-ce cela qui aura motivé les sélectionneurs, au détriment de toute vraie originalité.

Christie Huysmans

Viceroy’s House

♥♥

Diviser pour ne plus régner

Viceroy’s House,  ou Le dernier vice-roi des indes tel qu’il est exploité en France, était programmé hors compétition dans la Sélection officielle du 67e Festival de Berlin en février. Le film revient sur la période précédant la partition de l’Inde alors sous domination britannique, au moment où le dernier vice-roi des Indes, Lord Mountbatten (incarné par Hugh Bonneville à qui l’excellente Gillian Anderson vole la vedette dans le rôle de son épouse), arrive sur place pour mener le mieux possible cette transition qui promet d’être particulièrement complexe. Le pays tout entier ressemble en effet à une cocotte-minute où les Hindous, les musulmans et les autres ethnies sont prêts à s’affronter pour leur territoire respectif, alors qu’ils avaient coexisté pendant plusieurs siècles.

Le film Earth, qui remonte à 1998, avait déjà abordé cette thématique douloureuse. Vingt ans plus tard, les blessures demeurent profondes, et Viceroy’s House, même s’il manque de nuance, s’avère plus que jamais indispensable pour montrer à quel point les sombres intérêts géopolitiques peuvent briser des peuples entiers. Dans cette optique, le film dépasse ses frontières et prend un aspect universel. La réalisatrice Gurinder Shadha, dont la famille proche fut confrontée à cette tragédie, précisait son intention lors de la conférence de presse à Berlin: « Il est à présent temps d’avancer entre Indiens et Pakistanais, afin que le principe du ‘diviser pour mieux régner’ ne continue pas à gagner la partie. » Le travail à accomplir reste énorme, mais de tels longs-métrages ont le mérite de susciter le débat.

Olivier Clinckart