Vivarium – Semaine de la Critique

Home sweet home

♥♥ 1/2

A la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement résidentiel où toutes les maisons se ressemblent et duquel ils ne parviennent plus à sortir comme s’ils étaient pris au piège d’un labyrinthe.

Pour son 2e long-métrage, Lorcan Finnegan propose un récit intrigant qui oscille efficacement entre film fantastique métaphysique et thriller de science-fiction. Le tableau représentant la maison des personnages principaux ne trompe d’ailleurs pas: on se croirait plongé dans l’univers magrittien et c’est en effet en plein surréalisme que les protagonistes vont évoluer, tout au long d’une intrigue efficace à laquelle le metteur en scène a su donner le bon rythme, sans chercher à rallonger inutilement la sauce. Un bon exemple en matière de film de genre.

Né à Dublin en 1978, le réalisateur irlandais Lorcan Finnegan a étudié le graphisme avant de se tourner vers l’animation et la fiction cinématographique. Son court métrage fantastique Foxes a été projeté pour la première fois à SXSW en 2011 et a remporté plusieurs prix. Son premier long-métrage, Without Name, un conte de fées psychédélique a été présenté en première mondiale au Festival International du Film de Toronto en 2016, et il remporta quatre prix au Brooklyn Horror Film Festival, dont celui du Meilleur Film et Meilleur Réalisateur.

On retrouve à l’affiche de Vivarium Imogen Poots (I Kill Giants, Sweet Virginia) et Jesse Eisenberg (The Social Network, Café Society).

« Tourné en grande partie dans la région de Liège, Vivarium a nécessité la reconstitution dans un immense hangar des extérieurs de l’infernal quartier, car Lorcan Finnegan tenait impérativement à ce que toutes les maisons soient à l’identique », nous a précisé Jean-Yves Roubin, Producteur de Frakas Production.

« Tout comme Grave de Julia Ducournau qui fut lui aussi présenté à la Semaine de la Critique en 2016, le passionnant projet Vivarium nous fut présenté par le biais de la Plate-forme Frontières à laquelle Wallimage s’est associé depuis plusieurs années », s’est félicité Philippe Reynaert, Directeur de Wallimage.

Vivarium est coproduit par Jean-Yves Roubin de Frakas Productions avec son partenaire irlandais historique, Fantastic Film (avec lequel il déjà coproduit Muse de Jaume Balaguero et Sea Fever de Neasa Hardiman), associés pour l’occasion aux Danois de Pingpong Film, avec le soutien de Wallimage, Casa Kafka Pictures et Be tv.

Christie Huysmans & Olivier Clinckart

 

 

 

 

 

 

Nos batailles: interview de Guillaume Senez

Un deuxième long-métrage et déjà invité à Cannes, que ressentez-vous ?

« C’est évidemment une belle reconnaissance professionnelle ! Je vais découvrir ce que ça fait d’être présent à Cannes, mais c’est surtout une belle mise en avant du film. C’est un aspect assez précieux, surtout en Belgique où les médias sont parfois assez timides lorsqu’il s’agit de mettre en avant de la culture de leur pays. L’effet Cannes me fait un peu penser aux Jeux Olympiques et à des championnats du monde d’athlétisme: une médaille de bronze aux J.O. aura toujours plus de retentissement médiatique qu’un titre aux championnats du monde ! »

Le thème de la paternité, que vous abordiez dans Keeper, est à nouveau présent ici, sous un angle différent. Ce sujet vous tient donc vraiment à cœur ?

 « En effet et j’ai la sensation de ne pas encore avoir fait le tour de la question. Il me restait des choses à exprimer et j’avais envie de parler d’un personnage qui a un âge proche du mien. Je me suis séparé de la mère de mes enfants il y a 5 ans. J’étais justement en train de prépraer Keeper, j’avais une vie professionnelle assez intense et je me retrouvais confronté à plein de questions liées à cela: que ferais si la maman décide de partir à l’étranger, comment pourrais je tenir mes engagements professionnels, mes idéaux, mes valeurs tout en pouvant m’occuper de mes enfants… ? De cette réflexion est né le projet de Nos batailles, l’envie de parler de ce que c’est d’être père de deux enfants quand on est dans la quarantaine. »

Vous proposez un angle de vue assez original sur la parentalité…

« Original, je ne sais pas, mais c’est assez logique que la femme soit souvent mise en avant lorsqu’on parle de parentalité, puisque c’est elle qui porte l’enfant. Pour ma part, je parle de choses que je connais et je ne peux donc qu’exprimer ce que je peux ressentir du côté de la paternité. J’éprouvais néanmoins aussi un certain agacement à l’encontre de nombreux récits où quelques clichés avaient la vie dure, y compris à l’ encontre des femmes, qui étaient forcément toutes censées avoir l’instinct maternel, comme si ça allait de soi, alors que ce n’est pas toujours le cas. »

Vous avez pour habitude de ne jamais donner le scénario à vos comédiens…

« Ils connaissant l’histoire et son traitement mais ils ne recoivent pas les dialogues. C’est une méthodologie que j’ai adoptée dès le début et que je peaufine à chaque nouveau tournage. Il faut savoir qu’au plus on donne de la liberté aux comédiens, au plus c’est contraignant au niveau technique. Mais il y a un travail dans la collectivité que j’aime beaucoup. Chacun est obligé de donner de sa personne : les comédiens, les ingénieurs du son, les cameramen… Et on essaie de chercher ensemble la meilleure manière de procéder .

Romain Duris s’est montré très motivé à l’idée de travailler avec cette méthode. C’est quelqu’un qui se montre très généreux et à l’écoute de ses partenaires pendant un tournage. »

Propos recueillis par Olivier Clinckart

Nos batailles – Semaine de la Critique (séance spéciale)

Son fils, sa fille, ses batailles

♥♥♥

Vingt-quatre heures après l’accueil triomphal réservé à Girl, c’était au tour d’une autre coproduction belge majoritaire d’être présentée à Cannes, cette fois en séance spéciale à la Semaine de la Critique. Trois ans après son premier long-métrage, Keeper (Magritte du Meilleur Premier Film), Guillaume Senez réinterroge la paternité avec Romain Duris dans le rôle d’un homme qui se redécouvre père après que Laura (Lucie Debay), son épouse et mère de ses deux enfants, le laisse seul face à ses responsabilités.

Le réalisateur récidive donc avec Nos batailles, dont l’ensemble est d’une justesse inouïe : situations, arrière-fond social, dialogues, jeu des acteurs … En se plaçant au-delà de tous jugements, le film suscite l’empathie du spectateur à l’égard de tous les personnages, en ce compris, les personnages secondaires car tous, à quelque niveau que ce soit, sont crédibles et particulièrement bien charpentés. Le faisceau de personnages féminins éclaire avec pertinence les motifs de la disparition de la mère de famille, qui, bien qu’absente, demeure omniprésente de bout en bout. L’étendue du spectre avec lequel Guillaume Senez explore les problématiques posées et les réactions psycholiques de ses personnages fait ainsi que le film dispose d’un énorme potentiel d’identification… Une réussite aussi touchante que percutante !

Père d’un jour… Père toujours

Dès la sortie de Keeper, le réalisateur belgo-français nous confiait en avoir fini avec l’adolescence mais pas avec son questionnement sur la paternité, sujet qu’il avait alors traité avec justesse, réalisme et profondeur à travers le prisme d’un garçon de 15 ans, et ce, tout en ne négligeant nullement les points de vue féminins. C’était d’ailleurs là où résidaient l’originalité et la force de son premier long métrage : la perspicacité avec laquelle il abordait, à travers les yeux d’un adolescent confronté à une grossesse accidentelle, une question qui, habituellement, est traité sous un angle exclusivement féminin, voire relève du tabou du côté masculin. « La maternité est sans doute le seul domaine d’exception où les femmes peuvent prétendre avoir plus de puissance que les hommes » soulignait alors le jeune réalisateur en évoquant les réactions féminines entendues à l’issue des projections.

Être père ou devenir papa

Fidèle à son habitude d’écrire à quatre mains, un mode de travail qui lui impose une plus grande discipline et davantage de rigueur selon ses propres ternes, le jeune réalisateur s’est associé à Raphaëlle Valbrune-Desplechin (Home et L’Art de la Fugue) pour l’écriture du scénario de Nos Batailles. L’histoire met en scène Olivier (Romain Duris), contremaître de 39 ans, qui se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices, et a longtemps délégué sa fonction de parent. Lorsque Laura, son épouse et mère de leurs deux enfants, disparaît du foyer, il se retrouve brutalement confronté à un rôle qu’il doit apprendre à incarner. Tâchant de concilier éducation des enfants, vie familiale et activité professionnelle, Olivier bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

Connaissant l’aptitude de Guillaume Senez à cerner à 360 degrés les sujets qui l’animent et sa volonté de confronter ouvertement ses doutes et certitudes à ses coscénaristes, il y a fort à parier que Nos Batailles suscitera bon nombre de réflexions, évitera les stéréotypes du genre et embrassera avec discernement la question de la paternité tout en l’ancrant dans un contexte sociologique contemporain au sein duquel mener de front carrière et vie familiale relève souvent du défi.

Un casting franco-belge

Aux côtés de Romain Duris, acteur aussi à l’aise dans le cinéma d’auteur que dans la comédie, on y retrouve dans le rôle de la mère disparue la talentueuse Lucie Debay révélée dans Melody de Bernard Bellefroid, ainsi que deux jeunes acteurs belges qui trouvent là leur premier rôle à l’écran: Basile Grunberger (9 ans) et Léna Girard Voss (6 ans). Sont également au générique, Laetitia Dosch, déjà présente dans Keeper, et qui avait livré une remarquable performance dans Jeune Femme, premier long-métrage de Léonor Serraille, sélectionné l’année dernière dans la section Un Certain Regard, et enfin Laure Calamy, révélée par la série Dix Pour Cent.

Nos Batailles est produit par Iota Production et Savage Film en Belgique ainsi que par Les Films Pelleas en France. Il a bénéficié du soutien du CCA, du VAF, de la Région Rhône Alpes Be tv, la RTBF, Ciné+, Indefilms, Casa Kafka Pictures et Media Développement. Le film est vendu par Be For Film et sera distribué dans le Benelux par Cinéart et Haut et Court en France.

Christie Huysmans

La Semaine de la Critique dévoile son affiche

Le communiqué de presse de la Semaine de la Critique:

Sur l’affiche de cette 57e Semaine de la Critique, la jeune comédienne française Noée Abita, révélée dans AVA de Léa Mysius nous offre un regard caméra frondeur. Sa candeur conquérante, captée par la photographe Aurélie Lamachère avec la complicité de l’agence les bons faiseurs, est à l’image des cinéastes émergents portés par cette section cannoise dédiée à la découverte.

Participer à l’essor d’une nouvelle génération de réalisateurs à travers le monde, c’est aussi, par essence, propulser sur la scène internationale de nouveaux visages. Mise à l’honneur par la Semaine de la Critique où elle est venue aux côtés de Jeff Nichols dans l’un de ses premiers rôles, la comédienne Jessica Chastain déclarait « C’est incroyable de penser à quel point ma vie a grandi depuis, c’est un honneur d’être sur l’affiche de la Semaine de la Critique dans une photo de TAKE SHELTER, c’est le festival qui a commencé ma carrière ».

La Semaine de la Critique, qui se tiendra à Cannes du 9 au 17 mai, encourage ces nouveaux talents et leur souhaite le même parcours, riche en rôles et en rencontres.

La sélection de la Semaine de la Critique sera dévoilée, en ligne, le 16 avril prochain.