Waiting for the Barbarians – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥

Un magistrat bon et juste gère un fort d’une ville frontalière de l’Empire. Le pouvoir central s’inquiète d’une invasion barbare et dépêche sur les lieux le colonel Joll, un tortionnaire de la pire espèce. Son arrivée marque le début de l’oppression du peuple indigène. Une jeune fille blessée attire l’attention du magistrat qui décide de la prendre sous son aile. Dès lors, ce dernier commence à contester les méthodes du colonel et à remettre en question sa loyauté.

Dans ce drame historique, Ciro Guerra développe une réflexion assez puissante sur la civilisation et le manque d’humanité dont, paradoxalement, elle peut faire preuve. L’action se déroule à une époque non précisée et ce détail, il est vrai, n’est guère important, tant le récit pourrait parfaitement s’appliquer à n’importe quelle période de l’Histoire, la nôtre y compris. Mark Rylance et Johnny Depp se livrent à un duel intense; la personnalité diamétralement opposée de leurs personnages ne pouvant mener qu’à la confrontation. Celles de deux conceptions du monde inconciliables.

Sombre et bien interprété, le film n’est pas exempt de quelques longueurs, mais ne manque pas d’interroger le spectateur sur la façon dont l’être humain peut façonner la société d’une manière profondément inéquitable.

Olivier Clinckart

 

Gloria Mundi – Mostra 2019 – Compétition officielle

 ♥1/2

Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria.
Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie…
En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

Robert Guédiguian propose une chronique familiale qui s’inscrit pleinement dans la dure réalité sociale d’aujourd’hui, toput en refusant de céder à la fatalité. Entouré de ses fidèles (dont, évidemment, son épouse Ariane Ascaride), le réalisateur développe un mélodrame dense, celui d’un microcosme symbolisant une humanité blessée. L’intention est, certes, très louable, et pourtant la mise en scène ne parvient que par à coups à nous passionner pour les évolutions des différents protagonistes engagés dans cette tragédie grecque aux accents marseillais.

Olivier Clinckart

A herdade/The Domain – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥♥1/2

Une fresque sur une famille portugaise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu au début des années 90, permettant de passer en revue la vie sociale, la politique, l’économie et l’histoire du Portugal.

Avant d’être visonnés, les films-fleuve suscitent souvent une certaine méfiance, de par leur longue durée. Bien souvent, pourtant, cet à-priori se voit démonté par la qualité du film et ce n’est pas The Domain qui démentira cet aspect, tant les 2h45 de l’intrigue ne suscitent jmais l’ennui. L’intention pouvait pourtant sembler un brin trop ambitieuse: raconter une chronique familiale étalée sur plusieurs décennies et située dans un grand domaine terrien en pleine dictature de Salazar. C’est en fait à un véritable huis clos en plein air auquel nous convie Tiago Guedes, qui parvient par ailleurs à donner un aperçu assez précis de la situation politique du Portugal à cette époque.

Un beau tour de force, puisque l’action se déroule quasi exclusivement dans les limites du domaine. Mais les drames qui s’y déroulent font, directement ou indirectement, écho à la situation du pays. Pour tenir le rôle principal, le réalisateur a fait appel à Albano Jeronimo, parfait dans son incarnation d’un homme dur et autoritaire en apparence, mais dont la rudesse ne fait que dissimuler les douleurs profondes qui sont les siennes. Il en découle une excellente chronique, dont la superbe photographie et la qualité de l’interprétation rendent l’ensemble particulièrement fascinant. Sans conteste une des toutes bonnes surprises de cette Mostra.

Olivier Clinckart

Saturday Fiction – Mostra 2019 – Compétition officielle

En 1941, une actrice chinoise retourne à Shanghai occupée par les Japonais, pour apparemment jouer dans une pièce de théâtre, mais ses véritables motivations se compliquent lorsqu’elle se rend compte de l’attaque imminente de Pearl Harbor et s’efforce de différencier ses amis de ses ennemis.

Pas simple de suivre l’intrigue particulièrement touffue de ce thriller d’espionnage chinois! Car le scénario de ce film se plaît à aborder l’indescriptible imbroglio politique qui régnait dans cette partie du globe pendant la Seconde Guerre mondiale. Et c’est là, justement, que le bât blesse, car il faut être un fin connaisseur des réalités géopolitiques de cette zone pour être en mesure d’apprécier un tant soit peu le récit dans lequel se mêlent les intérêts chinois, japonais, britanniques et français. Gong Li a beau user de son charme et la photographie d’un beau noir et blanc, difficile de garder l’attention intacte jusqu’au bout.

Olivier Clinckart

 

 

Babyteeth – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥1/2

Milla est une adolescente comme les autres, à ceci près qu’elle est gravement malade. Quand elle tombe amoureuse pour la première fois, c’est toute sa vie et celle de son entourage qui s’en retrouvent bouleversées, d’autant plus que celui qui fait battre son coeur est un petit dealer de quartier.

Pour un premier long-métrage, Shannon Murphy a fait forte impression à la Mostra. Adapté d’une pièce de théâtre, Babyteeth aborde le thème de la maladie chez une adolescente; une thématique toujours délicate et qui peut facilement verser dans le pathos. Un écueil habilement évité par la réalisatrice australienne, car si l’émotion est bien présente -y compris dans le final poignant- c’est un récit plein de vie qu’elle nous propose, remarquablement porté par la jeune Eliza Scanlen, belle révélation du film. Shannon Murphy séduit par la grande sobriété d’une mise en scène qui préfère se concentrer sur la force du propos, tout au long de cette réflexion pertinente sur la vie, la mort, la maladie et la famille. Assurément une des bonnes surprises inattendues du Festival.

 

Olivier Clinckart

Guest of Honour – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥1/2

Un père fait face à sa fille âgée d’une vingtaine d’années qui souhaite rester en prison pour une agression sexuelle qu’elle sait ne pas avoir commise. Leur relation va se compliquer lorsque le passé refait surface.

Atom Egoyan déçoit avec ce mélodrame peu convaincant. On attendait en effet mieux du réalisateur canadien que ce long-métrage assez maladroit qui se perd assez rapidement dans une succession d’ellipses nuisibles à la cohésion de l’intrigue. Le casting semble d’ailleurs faire les frais de cette mise en scène peu inspirée: malgré quelques bons moments, les comédiens peinent, eux aussi, à nous convaincre. Nul doute que la renommée d’Egoyan lui a valu cette sélection officielle à la Mostra, mais ce dernier film en date ne méritait pas de tels honneurs.

Olivier Clinckart

 

 

 

About Endlessness – Mostra 2019 – Compétition officielle

Une réflexion sous forme de kaléidoscope sur la vie humaine dans toute sa beauté et sa cruauté, sa splendeur et sa banalité.

Roy Andersson n’est évidemment pas n’importe qui à la Mostra, puisqu’il y a remporté le Lion d’Or en 2014 pour le savoureux A pigeon sat on a breach reflecting on existence. Il réitère dans ce genre si particulier qui est le sien avec About Endlessness, une succession de sketchs tous plus singuliers et absurdes les uns que les autres, qui proposent une réflexion sur la banalité de la vie. Baignant dans une atmosphère onirique, les différents récits sont reliés par un fil rouge ténu, celui d’une prêtre en pleine crise de foi.

 

Les amateurs du cinéma d’Andersson se délecteront sans nul doute de son nouveau film, tandis que les autres auront du mal à adhérer au style employé. En ce qui nous concerne, c’est surtout la sensation de voir un cinéaste se répéter inlassablement qui nous a laissés en grande partie de marbre. Pour l’effet de surprise, on repassera.

Olivier Clinckart

The Painted Bird – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥1/2

Un jeune garçon erre dans un pays d’Europe centrale ou orientale durant la Seconde Guerre mondiale va assister à des scènes d’une rare violence.

The Painted Bird restera incontestablement comme le film-choc de cette Mostra cuvée 2019. Adapté de L’oiseau bariolé, un roman supposément autobiographique de Jerzy Kosinski (un auteur controversé et accusé d’avoir inventé une partie de son histoire personnelle), le long-métrage de Vaclav Marhoul est une succession interminable d’horreurs les plus diverses. Pendant près de 3 heures, le personnage principal, un jeune garçon livré à lui-même, subit en effet de nombreuses exactions, avec en toile de fond les atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Tout y passe, à un tel point que de nombreux spectateurs ont quitté la projection, choqués devant le spectacle qui se déroulait sur l’écran.

En fait, et c’est là que le bât blesse au sujet de The Painted Bird, la violence extrême du scénario peut déclencher deux réactions radicalement opposées: soit choquer profondément une partie du public, soit finir par susciter un rire nerveux devant une telle accumulation de séquences radicales qui font quasiment basculer le film dans le genre de l’horreur. Dans un cas comme dans l’autre, le réalisateur passe donc en partie à côté de son sujet à cause de cette surenchère. Hormis le récit proprement dit, il faut toutefois reconnaître la grande qualité de la photographie, assurément le point fort de ce Painted Bird qui, quelle que soit l’opinion qu’on peut en avoir, marque inévitablement les esprits de façon durable.

Olivier Clinckart

Martin Eden – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥♥

A Naples, au cours du 20ème siècle, le parcours initiatique de Martin Eden, un jeune marin prolétaire, individualiste dans une époque traversée par la montée des grands mouvements politiques. Alors qu’il conquiert l’amour et le monde d’une jeune et belle bourgeoise grâce à la philosophie, la littérature et la culture, il est rongé par le sentiment d’avoir trahi ses origines.

Le célèbre roman de Jack London se voit adapté de manière audacieuse par Pietro Marcello, qui transpose le récit dans une Italie au cours du 20e siècle, sans jamais définir une période bien précise. Le personnage principal se “promène” donc tout au long de cette centaine d’années qui ont connu de nombreux cataclysmes nationaux et mondiaux. Ainsi, l’histoire personnelle de Martin Eden se confond-elle en permanence avec les évènements qui agitent la société. Le comédien Luca Marinelli, très convaincant, livre une prestation remarquée dans cette adaptation brillante qui mérite de ne pas repartir bredouille de cette 76e Mostra.

Olivier Clinckart

N°7 Cherry Lane – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥1/2

Dans le Hong Kong politiquement compliqué des années 60, l’histoire d’un étudiant en littérature plongé dans un triangle amoureux entre la femme à qui il donne des cours particuliers et sa mère.

Joli travail d’animation en provenance de Hong Kong, N°7 Cherry Lane respire la nostalgie d’une époque révolue, même si la période des années 60 n’était pas de tout repos politiquement pour l’ancien territoire britannique. C’est dans ce contexte qu’évoluent les personnages engagés dans un triangle amoureux qui, bien sûr, amènera son lot de complications. Esthétiquement, donc le film se laisse apprécier pour sa beauté formelle, mais le rythme lancinant du récit et une voix off assez agaçante empêchent de savourer pleinement l’ensemble. On retiendra néanmoins la belle déclaration d’amour des concepteurs du film à Hong Kong.

Olivier Clinckart