Le jeune Ahmed – Sélection officielle

 

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En Belgique, aujourd’hui, le jeune Ahmed se retrouve pris entre les idéaux conservateurs de pureté prodigués par son imam et les appels à la vie qui, inévitablement, se font jour chez cet adolescent de 13 ans.

Les frères Dardenne sont de retour pour la 8e fois sur la Croisette, avec un film au sujet brûlant d’actualité.

 

Deux exemples évocateurs de l’influence des célèbres frères Dardenne sur le cinéma mondial : en 2017, le prestigieux New York Times classait (en 14e position) L’enfant des frères parmi les 25 meilleurs films du XXIe siècle.

Mais ils sont également une grande source d’inspiration créatrice pour leurs pairs. Comme Darren Aronofsky, qui ne tarit pas d’éloges sur leur cinéma immédiatement identifiable. Et effectivement, quand Aronofsky colle sa caméra sur la nuque de Mickey Rourke en long plan-séquence dans son plus beau film à ce jour, The Wrestler, c’est aux Dardenne qu’il emprunte cette manière si singulière de faire, axée sur le corps.

Du cinéma en prise sur la crise

Les Dardenne ont fait éclore Jérémie Renier (au générique de Frankie également en Sélection officielle), Emilie Dequenne (A perdre la raison), Olivier Gourmet (Edmond), dont les qualités de jeu – élaborées dans le laboratoire des frères – ne se sont jamais démenties depuis.

Leur cinéma exigeant et motivé par l’urgence sociale les mène aujourd’hui pour la 8e fois au Festival de Cannes. Avec Le jeune Ahmed, qui conte l’histoire d’un adolescent qu’un désir de pureté et de prière amène à fréquenter un imam radical au risque de se perdre, on peut d’ores et déjà déduire, avant même d’avoir vu le film, que les frères reviennent à leurs fondamentaux : pas de stars au générique, une histoire simple et une belle économie de moyens. Les ingrédients parfaits pour les mener vers leur 3e Palme d’or, ce qui serait un fait unique dans l’histoire du Festival de Cannes ?

Interprété par le jeune Idir Ben Addi, Olivier Bonnaud (La fille inconnue) et Myriem Akhediou (Deux jours, une nuit), le film est produit par Les Films du Fleuve, en coproduction avec Archipel 35, France 2 Cinéma, Proximus, RTBF (Télévision belge), avec la participation de Canal +, Ciné +, France Télévisions, Wallimage (la Wallonie), la Région de Bruxelles-Capitale. Le film a également été produit avec l’aide du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de Eurimages, avec le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge, de Casa Kafka Pictures, de Casa Kafka PicturesMovie Tax Shelter empowered by Belfius, en association avec Wild Bunch, Diaphana, Cinéart et BIM Distribuzione.

Thierry Van Wayenbergh

© photos: Christine Plenus

Frankie – Sélection officielle

Frankie n’est pas Woody

Trois générations de personnages se retrouvent confrontées à un évènement bouleversant lors d’une journée de vacances au Portugal, dans la ville historique de Sintra, connue pour ses vastes jardins et pour ses villas féériques. Parmi ces personnages, Frankie, célèbre actrice française, a appris qu’il ne lui restait plus que quelques mois à vivre et a décidé de passer ses dernières vacances en famille à Sintra.

Le chiffre est plus qu’impressionnant: avec Frankie, c’est la vingt-sixième fois qu’Isabelle Huppert se retrouve à l’affiche d’un film sélectionné à Cannes! L’actrice a déjà décroché deux fois le Prix de la meilleure interprétation féminine sur la Croisette (en 1978 pour Violette Nozière et en 2001 pour La pianiste). Dans une interview accordée à IndieWire, la comédienne a affirmé que ce rôle serait très différent de ce qu’elle a fait auparavant et que le film -sur lequel très peu d’informations ont filtré- serait très tendre, du moins d’après les quelques images qu’elle a pu visionner.

Une première sélection

Pour Ira Sachs, par contre, il s’agit d’une grande première en Sélection officielle avec son septième long-métrage. Né en 1965 à Memphis, Tennessee, l’Américain disait au sujet de son film précédent, Brooklyn Village (Little Men), qu’il avait voulu « tourner un film intelligent sur l’enfance. Je voulais que la beauté du cinéma soit accessible aux plus jeunes. Car, moi-même, j’ai été véritablement transformé par certains films, comme Le ballon rouge’d’Albert Lamorisse. C’est un film auquel j’ai beaucoup pensé, à sa simplicité, ses images, son côté fable…»

Frankie est une coproduction SBS Productions, Secret Engine, O Som e a Furia et -pour la Belgique- Beluga Tree, qui est dirigé par Diana Elbaum. La productrice est l’une des personnalités emblématiques du cinéma belge. Reconnue pour son talent, elle a reçu en 2009 l’Eurimages Award, prix récompensant les producteurs jouant un rôle primordial au niveau des coproductions européennes. Parmi les nombreux films auxquels elle a participé en tant que productrice, citons Elle, de Paul Verhoeven, sélectionné à Cannes en 2016.

Olivier Clinckart

 

 

 

Une vie cachée (A Hidden Life) – Sélection officielle

Une vie à connaître

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Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre.

Terrence Malick signe ici un retour réussi à la narration, après plusieurs films où il explorait jusqu’à l’extrême la dimension métaphysique des choses. Avec Une vie cachée, il nous emmène dans la beauté des alpages tyroliens, à la sombre époque du nazisme. Une idéologie à laquelle, précisément, le personnage principal refuse obstinément d’adhérer, malgré le danger que représente pour lui pareille bravade.

Malick s’inspire de l’histoire tragiquement authentique d’un objecteur de conscience guillotiné en 1943 par les nazis pour livrer un drame fort où l’ombre et la lumière se cotoient tout au long d’un récit aux images magnifiées par un excellent chef opérateur, qui procure à l’ensemble une beauté formelle envoûtante.

Olivier Clinckart

 

 

 

La Gomera / The Whistlers – Sélection officielle

Sifflement admiratif

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Cristi, un inspecteur de police de Bucarest corrompu par des trafiquants de drogue, est soupçonné par ses supérieurs et mis sur écoute. Embarqué malgré lui par la sulfureuse Gilda sur l’île de la Gomera, il doit apprendre vite le Silbo, une langue sifflée ancestrale. Grâce à ce langage secret, il pourra libérer en Roumanie un mafieux de prison et récupérer les millions cachés. Mais l’amour va s’en mêler et rien ne se passera comme prévu…

Exellente surprise avec La Gomera, même si on sait que Corneliu Porumboiu est un cinéaste intéressant. Il le démontre à nouveau avec ce film noir rudement bien imaginé qui pointe du doigt la corruption endémique qui continue à gangréner la Roumanie. Pour ce faire, il nous entraîne dans un périple qui multiplie les références cinéphiles, tout en ne négligeant pas un humour grinçant, ni une certaine sensualité qui se dégage de certaines scènes.

Cet excellent polar se démarque du reste de la compétition pour sa fantaisie et constitue un divertissement plein de créativité qui mériterait de ne pas repartir bredouille de son passage au Festival de Cannes.

Olivier Clinckart

Vivarium – Semaine de la Critique

Home sweet home

♥♥ 1/2

A la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement résidentiel où toutes les maisons se ressemblent et duquel ils ne parviennent plus à sortir comme s’ils étaient pris au piège d’un labyrinthe.

Pour son 2e long-métrage, Lorcan Finnegan propose un récit intrigant qui oscille efficacement entre film fantastique métaphysique et thriller de science-fiction. Le tableau représentant la maison des personnages principaux ne trompe d’ailleurs pas: on se croirait plongé dans l’univers magrittien et c’est en effet en plein surréalisme que les protagonistes vont évoluer, tout au long d’une intrigue efficace à laquelle le metteur en scène a su donner le bon rythme, sans chercher à rallonger inutilement la sauce. Un bon exemple en matière de film de genre.

Né à Dublin en 1978, le réalisateur irlandais Lorcan Finnegan a étudié le graphisme avant de se tourner vers l’animation et la fiction cinématographique. Son court métrage fantastique Foxes a été projeté pour la première fois à SXSW en 2011 et a remporté plusieurs prix. Son premier long-métrage, Without Name, un conte de fées psychédélique a été présenté en première mondiale au Festival International du Film de Toronto en 2016, et il remporta quatre prix au Brooklyn Horror Film Festival, dont celui du Meilleur Film et Meilleur Réalisateur.

On retrouve à l’affiche de Vivarium Imogen Poots (I Kill Giants, Sweet Virginia) et Jesse Eisenberg (The Social Network, Café Society).

« Tourné en grande partie dans la région de Liège, Vivarium a nécessité la reconstitution dans un immense hangar des extérieurs de l’infernal quartier, car Lorcan Finnegan tenait impérativement à ce que toutes les maisons soient à l’identique », nous a précisé Jean-Yves Roubin, Producteur de Frakas Production.

« Tout comme Grave de Julia Ducournau qui fut lui aussi présenté à la Semaine de la Critique en 2016, le passionnant projet Vivarium nous fut présenté par le biais de la Plate-forme Frontières à laquelle Wallimage s’est associé depuis plusieurs années », s’est félicité Philippe Reynaert, Directeur de Wallimage.

Vivarium est coproduit par Jean-Yves Roubin de Frakas Productions avec son partenaire irlandais historique, Fantastic Film (avec lequel il déjà coproduit Muse de Jaume Balaguero et Sea Fever de Neasa Hardiman), associés pour l’occasion aux Danois de Pingpong Film, avec le soutien de Wallimage, Casa Kafka Pictures et Be tv.

Christie Huysmans & Olivier Clinckart

 

 

 

 

 

 

Atlantique – Sélection officielle

Mati Diop, de l’Atlantique à la Méditerranée

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Dans une banlieue populaire de Dakar, les ouvriers du chantier d’une tour futuriste, sans salaire depuis des mois, décident de quitter le pays par l’océan pour un avenir meilleur. Parmi eux se trouve Souleiman, l’amant d’Ada, promise à un autre. Quelques jours après le départ des garçons, un incendie dévaste la fête de mariage de la jeune femme et de mystérieuses fièvres s’emparent des filles du quartier. Ada est loin de se douter que Souleiman est revenu…

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop connaît d’emblée les honneurs d’une Sélection officielle à Cannes.

Ceux qui connaissent la filmographie de Mati Diop auront une impression familière en découvrant le titre de son film. Et pour cause : Atlantique est la version longue d’un de ses courts-métrages, Atlantiques, remarqué en 2010. Depuis, la jeune femme a encore tourné deux autres courts-métrages et deux moyens-métrages, avant de franchir le cap du long avec cette production.

Avec son ton quasi documentaire auquel viennent s’ajouter une touche fantastique et onirique,  Atlantique décrit des réalités du quotidien: le drame des migrants, le poids de la tradition et des mariages arrangés, le choc des cultures entre une jeune génération qui aspire à la liberté et l’ancienne plus rigoriste… Si le scénario s’avère être assez mince, le film n’en contient pas moins un aspect envoûtant qui laisse augurer d’une suite de carrière prometteuse pour Mati Diop.

Cette dernière, fille du musicien sénégalais Wasis Diop, est née en 1982 à Paris. « Je viens à la fois d’ici et d’ailleurs, du Sénégal », explique celle qui est aussi la nièce du célèbre cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambety et qui est considérée comme la relève du cinéma sénégalais.

Au niveau de la participation belge, Atlantique est coproduit par Frakas Productions et avec le partenariat de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de Casa Kafka Pictures.

Sur son site internet, Frakas Productions précise « suivre des réalisateurs portant un regard critique sur la société et participer activement au développemens de ses coproductions internationales..Jean-Yves Roubin (fondateur et gérant) et Cassandre Warnauts (productrice) développent en (co)produisent ensemble énormément de premiers longs-métrages, tout en continuant d’accompagner leurs auteurs sur la durée ».

Véronique Chartier & Olivier Clinckart

Les misérables – Sélection officielle

Les remarquables misérables

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Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

Quasiment 25 ans après La haine, est-il encore possible de réaliser un film percutant sur la banlieue française? Les misérables est là pour répondre par l’affirmative. Ladj Ly décrit avec force une société plus que jamais en colère, au sein de laquelle pauvreté et communautarisme composent un cocktail explosif qu’il est bien difficile de maîtriser.

Le titre de ce long-métrage ne tient évidemment pas du hasard. C’est à Montfermeil que se déroule l’intrigue de Les misérables, précisément là où Victor Hugo situait la maison des Thénardier et la rencontre entre Cosette et Jean Valjean. Les choses ont-elles fondamentalement changé depuis l’époque du célèbre roman? Un siècle et demi plus tard, le constat dressé par Ladj Ly n’incite pas à l’optimisme…

Pour son premier long-métrage, Ladj Ly a en fait adapté son propre court-métrage (au titre identique) qu’il avait réalisé en 2017 et qui avait déjà fait forte impression. Cette fiction ultra-réaliste témoigne d’une grande maîtrise du réalisateur, qui fait monter la tension crescendo jusqu’au final époustouflant. Pour se conclure sur une citation particulièrement éloquente de Victor Hugo: « Il n’y a ni mauvaise herbe, ni mauvais homme, il n’y a que de mauvais cultivateurs. »

Olivier Clinckart

 

Little Joe – Sélection officielle

Fleur fanée

Alice, mère célibataire, est une phytogénéticienne chevronnée qui travaille pour une société spécialisée dans le développement de nouvelles espèces de plantes. Elle a conçu une fleur très particulière, rouge vermillon, remarquable tant pour sa beauté que pour son intérêt thérapeutique. En effet, si on la conserve à la bonne température, si on la nourrit correctement et si on lui parle régulièrement, la plante rend son propriétaire heureux. Alice va enfreindre le règlement intérieur de sa société en offrant une de ces fleurs à son fils adolescent, Joe. Ensemble, ils vont la baptiser  » Little Joe « . Mais, à mesure que la plante grandit, Alice est saisie de doutes quant à sa création: peut-être que cette plante n’est finalement pas aussi inoffensive que ne le suggère son petit nom.

Jessica Hausner -et certains festivaliers- semblent avoir découvert le genre fantastique avec ce film. Difficile pourtant de s’ébahir face à une mise en scène terriblement asceptisée qui ne tarde pas à faire tomber le spectateur dans un ennui profond.

S’il faut reconnaître à la réalisatrice une belle recherche au niveau visuel, avec l’élégance des couleurs et les décors finement travaillés, le récit est rarement à la hauteur des attentes, n’offrant que peu d’intérêt et devenant assez rapidement répétitif. Vouloir associer le film de genre avec le cinéma d’auteur peut s’avérer un pari risqué; Jessica Hausner s’y est en partie fourvoyée.

Olivier Clinckart

 

Bacurau – Sélection officielle

Un western politique peu emballant

Dans un futur proche… Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.

Le pays du Président Bolsonaro, avec la politique qui y est menée, est désormais propice aux westerns politiques tels que Bacurau, fable violente sur le Brésil contemporain dotée d’une solide énergie visuelle. Tout le récit symbolise la résistance d’une partie du peuple face à l’extrême-droite qui tient les rênes du pouvoir. Le propos ne manque pas de force, mais il est développé de manière assez maladroite par son duo de réalisateurs qui multiplient les genres au risque de s’y égarer quelque peu. Même l’excellent Udo Kier semble s’y perdre par moments, son jeu flirtant parfois avec la caricature.

Olivier Clinckart

Portrait de la jeune fille en feu – Sélection officielle

Un feu pas très ardent

♥ 1/2

1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde. Peu à peu, l’affection qu’elle ressent pour Héloïse se transforme en quelque chose de beaucoup plus complexe.

En situant son récit à la fin du 18e siècle, Céline Sciamma dresse un tableau de la condition féminine à une époque bien précise, où l’amour entre deux femmes était une chose aussi impensable qu’impossible à assumer. Or, comment transposer à l’écran cet amour interdit? C’est là que se situe la première limite du film: toute en retenue, la mise en scène s’emploie à maîtriser l’émotion et la naissance des sentiments qui animent les deux protagonistes.

Tant et si bien que ce n’est véritablement que dans la dernière demi-heure que cette passion obligatoirement contenue peut enfin se libérer. Trop tard déjà pour entretenir l’intérêt d’une évolution scénaristique tellement attendue à force de se laisser désirer qu’elle finit par lasser.

Reste le soin apporté aux costumes et aux décors, mais l’ensemble est bien trop prévisible que pour parvenir à enflammer le spectateur.

Olivier Clinckart