N°7 Cherry Lane – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥1/2

Dans le Hong Kong politiquement compliqué des années 60, l’histoire d’un étudiant en littérature plongé dans un triangle amoureux entre la femme à qui il donne des cours particuliers et sa mère.

Joli travail d’animation en provenance de Hong Kong, N°7 Cherry Lane respire la nostalgie d’une époque révolue, même si la période des années 60 n’était pas de tout repos politiquement pour l’ancien territoire britannique. C’est dans ce contexte qu’évoluent les personnages engagés dans un triangle amoureux qui, bien sûr, amènera son lot de complications. Esthétiquement, donc le film se laisse apprécier pour sa beauté formelle, mais le rythme lancinant du récit et une voix off assez agaçante empêchent de savourer pleinement l’ensemble. On retiendra néanmoins la belle déclaration d’amour des concepteurs du film à Hong Kong.

Olivier Clinckart

 

The Laundromat – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥♥

L’enquête d’une veuve sur une fraude à l’assurance la mène au Panama sur la piste de deux avocats associés qui exploitent le système financier mondial.

Avec The Laundromat, Steven Soderbergh décortique de manière cinglante le scandale des Panama Papers.

Vous n’avez strictement rien compris aux mécanismes financiers complexes liés au scandale des Panama Papers, qui a éclaté en 2016 en éclaboussant un bon paquet d’entreprises, de politiciens et autres personnalités? Rassurez-vous: vous n’êtes pas les seuls! Heureusement, Steven Soderbergh est là pour nous éclairer, grâce à son dernier film réalisé pour Netflix. The Laundromat mène vers un constat implacable: malgré les belles paroles ayant suivi la crise bancaire de 2008, force est de constater que les pratiques fiscales douteuses, les sociétés écrans et le blanchiment d’argent continuent à se porter à merveille. Au détriment, souvent, de petits contribuables qui se retrouvent grugés par l’opacité de mécanismes obscurs qui les dépassent.

 

Plutôt que d’opter pour un drame démonstratif, Soderbergh a choisi la carte de la satire pour souligner d’autant mieux l’ampleur de ces méthodes discutables. Il peut compter sur un casting en or, avec Meryl Streep en tête, impeccable en veuve privée de la compensation financière à laquelle elle avait droit après la mort accidentelle de son mari et qui se rend compte peu à peu qu’elle a été flouée. Gary Oldman et Antonio Banderas, savoureux en escrocs de haut vol, servent de fil rouge au gré des récits qui s’entrecroisent, pour nous expliquer de façon ludique et avec le sourire de quelle manière ils exercent leur « art ». S’offrant même le luxe de proposer des petits rôles à Sharon Stone et Matthias Schoenaerts, le réalisateur américain livre un constat aussi éclairant qu’inquiétant et qui se conclut par un vibrant plaidoyer. Certes, d’aucuns ironiseront sur le paradoxe de voir un tel film diffusé sur une plateforme numérique qui semble s’y connaître en matière d’optimisation fiscale, mais The Laundromat n’a rien d’une arnaque.

Olivier Clinckart

 

Wasp Network – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥

Début 90. Un groupe de Cubains installés à Miami met en place un réseau d’espionnage. Leur mission : infiltrer les groupuscules anti-castristes responsables d’attentats sur l’île.

Olivier Assayas s’est visiblement beaucoup amusé en réalisant ce thriller d’espionnage inspiré de l’histoire vraie d’un groupe appelé les Cinq de Miami et qui nous emmène dans un jeu de saute-mouton entre Cuba et les Etats-Unis, ou plus précisément entre le communisme à la sauce Castro et le monde capitaliste incarné par l’Oncle Sam. Cette lutte idéologique se voit ici incarnée par les soldats de l’ombre, des espions convaincus de la justesse de leur action. Wasp Network divertit sans peine, d’autant plus qu’il est doté d’un joli casting (dont Penélope Cruz fait partie), mais sans doute est-il un peu léger -et trop touffu par moments- pour pouvoir prétendre à l’une ou l’autre récompense à Venise.

Olivier Clinckart

Joker – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥♥1/2

Le Joker, la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Sa vraie identité: Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.

Si vous vous attendez à voir un énième film de super-héros traitant d’un des ennemis mortels de Batman, vous risquez d’être déçus, car Joker est tout, sauf un film de super-héros! C’est même l’exact opposé: un récit d’anti-héros, d’un exclu de la société qui va inexorablement se retrouver pris dans un engrenage infernal. Cette genèse du célèbre personnage faisant partie de l’univers de l’homme chauve-souris baigne dans une noirceur oppressante qui symbolise d’autant mieux la solitude écrasante dans laquelle vit Arthur Fleck.

 

Todd Haynes développe une parabole d’une puissance époustouflante sur notre monde contemporain et a trouvé pour ce faire l’acteur idéal: Joaquin Phoenix, qui livre ici la performance de sa vie, totalement habité par son rôle. Il serait incompréhensible qu’un film d’une telle force reparte de Venise sans la moindre récompense.

Olivier Clinckart

 

Ema – Mostra 2019 – Compétition officielle

Un chorégraphe traverse une période difficile avec sa femme Ema lorsque leur procédure d’adoption part de travers. Ema, hantée par les conséquences de cet échec, décide de transformer sa vie.

Avec des films comme No, Neruda ou encore Jackie, Pablo Larrain a démontré toute son aptitude à aborder les biographies de personnalités historiques. C’est dire s’il surprend ici avec ce drame intimiste centré autour d’une femme, Ema, qui va se retrouver entraînée dans un tourbillon de sensations, avec la danse en toile de fond. Le réalisateur chilien développe une mise en scène des plus sensuelles, avec une héroïne en roue libre. En roue libre comme le film, d’ailleurs, à la narration brouillonne, entremêlée de flashbacks qui n’aident pas toujours à maintenir la cohésion du récit. Au final, malgré l’originalité qu’on peut trouver à cette expérience sensorielle, Pablo Larrain déçoit avec cet Ema  pour lequel on peine à se passionner.

Olivier Clinckart

 

J’accuse – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥♥

Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier. Elle apparaît toujours comme un symbole de l’iniquité dont sont capables les autorités politiques au nom de la raison d’Etat.
Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXe siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme.
L’affaire est racontée du point de vue du Colonel Picquart (incarné par l’impeccable Jean Dujardin), véritable héros oublié de l’Affaire Dreyfus. Une fois nommé à la tête du contre-espionnage, le Colonel Picquart finit par découvrir que les preuves contre le Capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées.
A partir de cet instant, au péril de sa carrière puis de sa vie, il n’aura de cesse d’identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus.

Polanski évoque avec brio une des plus grandes erreurs judiciaires françaises, sur fond d’antisémitisme. D’une page sombre de l’Histoire de France, le cinéaste tire un film brillant pour restituer avec minutie l’atmosphère de l’époque, celle d’une France où de nombreux esprits étaient imprégnés d’antisémitisme. Réalisation virtuose et comédiens au diapason: ce J’accuse ne peut pas être déclaré coupable de la moindre fausse note!

Olivier Clinckart

Ad Astra – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥ 1/2

L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

James Gray s’essaie à la science-fiction en rajoutant une bonne dose de réflexion métaphysique au récit. Visuellement, le résultat est splendide, mais à force de puiser un paquet de références dans les grands classiques du genre -dont évidemment le 2001 de Kubrick- au risque d’en devenir prétentieux, le réalisateur oublie de donner une vraie originalité à son film.

Olivier Clinckart

Il Sindaco del Rione Sanita – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥

Rafiluccio Santaniello, fils du boulanger, est déterminé à tuer son père, Don Antonio. Il vient réclamer de l’aide auprès d’Antonio Barracano, un « homme d’honneur « . Le responsable du village décide d’intervenir également afin de réconcilier père et fils. La guerre est déclarée entre Santaniello et le maire.

Le “sindaco” du titre, on pourrait croire à première vue qu’il s’agit d’une sorte de maire, mais d’un genre assez particulier, puisque c’est la personne qui organise et arbitre les activités criminelles d’un quartier. Mario Martone adapte au grand écran un texte de Eduardi De Filippo, auteur de théâtre réputé, et en tire un drame âpre fort bien interprété, où sentiment de culpabilité et espoir de rédemption se cotoient dans un mélange détonnant.

Olivier Clinckart

 

 

Marriage Story – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥♥

Un metteur en scène et sa femme, comédienne, se débattent dans un divorce exténuant qui les pousse à des extrêmes…

Les films traitant du divorce sont souvent inspirés de la vraie vie. Noah Baumbach a probablement puisé dans ses souvenirs personnels -sa séparation d’avec l’actrice Jennifer Jason Leigh- pour ce drame intense qui commence de manière déroutante, avec les deux personnages principaux qu’on entend en voix off lire une longue de qualités réciproques, dans ce qui semble être une scène pleine d’amour et de tendresse. Il n’en est rien: ce prologue enchaîne immédiatement sur une séquence dans le bureau d’un conseiller conjugual, ou les deux partenaires sont en train d’assister au délitement probablement irréversible de leur union. Cette fin d’un couple est remarquablement filmée par Baumbach, avec un profond réalisme qui décortique à quel point il n’est pas simple de garder une relation sereine avec l’ex-être aimé, quand se mêle à la tristesse et l’amertume de la séparation d’autres données telles que la garde d’un enfant et tout autre élément d’ordre financier.

C’est une tranche de vie ordinaire que le réalisateur filme de manière peu banale, pouvant compter sur l’excellence de ses interprètes -Scarlett Johansson et Adam Driver, en état de grâce- pour livrer un récit totalement prenant.

Olivier Clinckart

The Perfect Candidate – Mostra 2019 – Compétition officielle

 

♥♥

Une jeune femme médecin se présente aux élections municipales dans une société conservatrice dominée par les hommes.

Remarquée pour l’excellent Wadjda, Haifaa Al Mansour revient à Venise avec son nouveau film. La première réalisatrice saoudienne évoque une nouvelle fois la condition de la femme en Aradie Saoudite, sujet ô combien interpellant. Dans ce pays ultra-conservateur dominé par les hommes, l’égalité des droits semble une chimère lointaine, mais elles sont néanmoins quelques-uns à se battre courageusement pour tenter de faire évoluer les choses. C’est le postulat de The Perfect Candidate, qui suit les traces d’une femme bien déterminée à tenir tête aux candidats masculins du prochain scrutin électoral. Loin de verser dans un drame démonstratif, Haifaa Al Mansour développe une histoire forte mais non dénuée d’émotion et de quelques pointes d’humour bienvenues.

Olivier Clinckart