Mektoub, my Love: intermezzo – Sélection officielle

Corps à corps

♥♥♥1/2

La fin de l’été approche, Amin et ses amis rencontrent Marie, une jeune étudiante parisienne.

 

Il n’a pas du être fréquent dans l’histoire du Festival de Cannes de programmer une suite en Sélection officielle. C’est le cas avec le dernier film d’Abdellatif Kechiche qui, après Mektoub, my Love: Canto Uno, est venu proposer le deuxième opus sur la Croisette. Et le moins qu’on puisse écrire est que, si le premier volet avait déjà fait parler de lui, le deuxième laisse encore moins indifférent et divise clairement la Critique!

Car Mektoub, my Love: intermezzo possède tous les ingrédients pour enthousiasmer… ou horripiler les spectateurs, ainsi que nous avons pu le constater au sortir de la projection-marathon (près de 4 heures) qui a débuté à 22h pour se terminer aux alentours de 2h du matin. En ce qui nous concerne, et au risque de nous sentir un peu seuls, c’est probablement la meilleure proposition cinématographique qu’il nous ait été donné de voir dans ce 72e Festival de Cannes. Car, poursuivant sur sa lancée de Canto Uno, Kechiche confirme son extraordinaire capacité à tourner une fiction dans un style quasi-documentaire, de même qu’il excelle dans sa façon de filmer les corps avec une sensualité folle.

De plus, le réalisateur prend le pari de nous entraîner dans un trip psychédélique en plantant sa caméra pendant près d’1h30 en boîte de nuit, au son de la musique trépidante et au gré des déhanchements des protagonistes. Cette immersion totale, accrue par la projection cannoise nocturne du film, ne fait que renforcer la singularité de ce film et donc son attrait.

Mais comme souvent chez Kechiche, la polémique n’est jamais bien loin. Ici, elle prend la forme d’une scène de sexe ultra-réaliste entre l’actrice principale, Ophélie Bau, et Roméo De Lacour. Un cunnilingus d’une durée de 15 minutes, séquence suffisante pour entendre crier au scandale, voire à la pornographie ou mieux encore à un traitement avilissant de la femme par les tenants d’une certaine bien-pensance qui tend de plus en plus à avoir pignon sur rue.

Or, si la séquence incriminée dégage incontestablement un érotisme assez torride, elle n’a strictement rien de pornographique; la pornographie étant une représentation ultra-fantasmée et souvent outrancière de la sexualité. Ici, Kechiche représente avec réalisme une pratique sexuelle courante où, par ailleurs, c’est la femme qui prend du plaisir et non l’homme, contrairement, justement aux représentations machistes de la pornographie qui se concluent en règle générale par l’orgasme masculin.

Quoi qu’il en soit, la polémique n’a fait qu’enfler au lendemain de cette projection mémorable, Ophélie Bau refusant de participer à la conférence de presse, arguant du fait qu’elle n’a pas pu visionner la fameuse séquence incriminée avant sa projection. Un différend dont on espère qu’il n’empêchera pas la sortie du film en salles, et malgré lequel nous nous réjouissons que les sélectionneurs du Festival ait fait preuve d’audace en programmant ce long-métrage qui, en sortant des sentiers battus, est sans hésiter celui qui nous a laissé l’impression la plus décalée et donc la plus originale.

Olivier Clinckart