The Laundromat – Mostra 2019 – Compétition officielle

♥♥♥

L’enquête d’une veuve sur une fraude à l’assurance la mène au Panama sur la piste de deux avocats associés qui exploitent le système financier mondial.

Avec The Laundromat, Steven Soderbergh décortique de manière cinglante le scandale des Panama Papers.

Vous n’avez strictement rien compris aux mécanismes financiers complexes liés au scandale des Panama Papers, qui a éclaté en 2016 en éclaboussant un bon paquet d’entreprises, de politiciens et autres personnalités? Rassurez-vous: vous n’êtes pas les seuls! Heureusement, Steven Soderbergh est là pour nous éclairer, grâce à son dernier film réalisé pour Netflix. The Laundromat mène vers un constat implacable: malgré les belles paroles ayant suivi la crise bancaire de 2008, force est de constater que les pratiques fiscales douteuses, les sociétés écrans et le blanchiment d’argent continuent à se porter à merveille. Au détriment, souvent, de petits contribuables qui se retrouvent grugés par l’opacité de mécanismes obscurs qui les dépassent.

 

Plutôt que d’opter pour un drame démonstratif, Soderbergh a choisi la carte de la satire pour souligner d’autant mieux l’ampleur de ces méthodes discutables. Il peut compter sur un casting en or, avec Meryl Streep en tête, impeccable en veuve privée de la compensation financière à laquelle elle avait droit après la mort accidentelle de son mari et qui se rend compte peu à peu qu’elle a été flouée. Gary Oldman et Antonio Banderas, savoureux en escrocs de haut vol, servent de fil rouge au gré des récits qui s’entrecroisent, pour nous expliquer de façon ludique et avec le sourire de quelle manière ils exercent leur « art ». S’offrant même le luxe de proposer des petits rôles à Sharon Stone et Matthias Schoenaerts, le réalisateur américain livre un constat aussi éclairant qu’inquiétant et qui se conclut par un vibrant plaidoyer. Certes, d’aucuns ironiseront sur le paradoxe de voir un tel film diffusé sur une plateforme numérique qui semble s’y connaître en matière d’optimisation fiscale, mais The Laundromat n’a rien d’une arnaque.

Olivier Clinckart

 

Dolor y Gloria – Sélection officielle

♥♥1/2

 

Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner.

Difficile de ne pas voir dans le dernier film d’Almodovar un autoportrait du cinéaste, à nouveau convié à Cannes en Sélection officielle. En effet, le métier du personnage principal -incarné par un excellent Antonio Banderas- n’est autre que le cinéma et le scénario multiplie les réminiscences autobiographiques et les souvenirs d’enfance.

Dans des décors aux couleurs explosives comme il les affectionne, le réalisateur espagnol se révèle profondément touchant dans ce voyage intime qui propose une belle réflexion sur différentes thématiques nous plongeant dans les méandres du passé et le présent, avec un équilibre aussi subtil que permanent.

Olivier Clinckart