Retour sur la 77e Mostra de Venise (II)

Laila in Haifa

Au cours d’une nuit, dans un club d’Haïfa où palestiniens et israéliens se côtoient, s’entrelacent les chemins de cinq femmes à travers une série de rencontres et de situations, défiant toutes les catégories et étiquettes sociales, politiques et sexuelles.

Avec un casting d’acteurs israéliens et palestiniens, le film se veut un drame empeint d’un humour ironique, ainsi qu’une réflexion sensible et résolument humaniste de la vie dans la région. Tout en posant quelques questions importantes : comment les arts peuvent-ils créer un espace dans lequel les gens peuvent exprimer leurs différentes identités, tout en recherchant des moyens de coexistence mutuelle et pacifique ? Comment le langage du cinéma utilisant la juxtaposition de fragments d’histoires peut-il créer un tissu humain commun ?

L’ambition de Laila in Haifa est donc des plus nobles, mais à l’arrivée, le dernier film de Amos Gitai se révèle être une grosse déception. Un sujet aussi intéressant que celui-là qui aurait pu donner lieu à des dialogues beaucoup plus profonds, mais le réalisateur en tire une sorte de téléfilm sans grand entrain dont on se lasse très rapidement.

Laila in Haifa

In Between Dying ♥1/2

Davud est un jeune homme incompris et agité à la recherche de sa « vraie » famille, ceux dont il est certain qu’ils apporteront un sens et de l’amour à sa vie. Quand, au cours d’une journée, il vit une série inattendue d’accidents avec des personnes qui entraînent à chaque fois un décès, des souvenirs invisibles, des récits et des inquiétudes refont surface. Davud est propulsé dans un voyage de découverte.

Le réalisateur Hilal Baydarov parlait en ces termes de son long-métrage : « Une préoccupation centrale dans tout mon travail est la personne qui essaie de comprendre la raison pour laquelle elle est vivante, présente, ici, dans ce monde. La personne qui ne peut pas aimer, mais qui ne croit qu’en l’amour. La personne qui essaie de retrouver sa vraie famille, certaine que cela apportera un vrai sens à sa vie. Davud est la personne dans cette histoire, qui nous rappelle la possibilité de l’amour. Je voulais visualiser son chemin d’une manière ou d’une autre, et c’est devenu le film In Between Dying. »

Des éclaircissements loin d’être inutiles, car le récit, volontiers métaphorique, tend à perdre le spectateur et peine à garder l’intérêt intact pour cette production dont la principale curiosité réside dans le fait de permettre de découvrir une facette du cinéma d’Azerbaïdjan et de certaines réalités de ce pays, très largement méconnus.

In Between Dying

Never Gonna Snow Again ♥♥

Zhenia, un masseur venu de l’Est entre dans la vie des habitants aisés d’une petite localité qui ressemble à tant d’autres. Mais malgré leur aisance matérielle, les habitants dégagent une tristesse intérieure, une nostalgie, que les mains du mystérieux nouveau venu s’emploient à guérir.

Pour les deux co-réalisateurs de ce film polonais, Małgorzata Szumowska et Michał Englert, «  le mot “ neige “ peut avoir une variété de significations et évoquer de nombreuses émotions différentes. Cela peut être un élément féroce, dévorant et dangereux ; mais aussi source de sécurité et de confort, une couverture qui nous replonge dans les contes de fées de notre enfance. De nos jours, cependant, nous l’associons principalement à la destruction du climat de la Terre par l’homme et, par conséquent, à la lente disparition de la neige de nos vies. »

Les personnages du film, eux aussi, manquent de neige, c’est-à-dire d’une spiritualité que leur confort matériel et financier ne parvient pas à combler. L’arrivée de cet inconnu va leur apporter l’espoir d’un renouveau sensoriel et spirituel.

Oscillant entre drame et comédie, cette fable sociale ne manque pas de fasciner par la douce poésie qui s’en dégage et par sa photographie léchée. Et ce, même si l’abondance de métaphores qui s’en dégage en rend la lecture parfois complexe, donnant l’impression que nous ne détenons pas toutes les clés du récit.

Never Gonna Snow Again

Notturno ♥♥

Notturno, tourné sur trois ans au Moyen-Orient, raconte le quotidien qui se cache derrière la tragédie continue des guerres civiles, des dictatures féroces, des invasions et ingérences étrangères, jusqu’à l’apocalypse meurtrière. de Daesh. Violence et destruction prédominent, et pourtant l’humanité se réveille après chaque épisode d’une « nocturne » qui semble infinie.

Déjà Lion d’Or à Venise en 2013 avec Sacro GRA, Ours d’Or à Berlin en 2016 avec Fuocoamarre, Gianfranco Rosi poursuit son exploration de la complexité de certaines situations dramatiques. Et quoi de plus complexe que le bourbier dans lequel sont enlisés la Syrie, l’Irak, le Kurdistan et le Liban, rongés par le terrorisme et la guerre civile ? Le contraste est évidemment violent entre la beauté des paysages et le chaos qui y règne au sein de populations impuissantes soumises à la folie des hommes.

C’est ce qu’a voulu montrer et raconter Rosi : « Pendant trois ans à voyager au Moyen-Orient, j’ai rencontré des gens qui vivent dans des zones de guerre. Je voulais raconter les histoires, montrer les personnages, au-delà des conflits. Je me suis tenu à l’écart de la ligne de front, je suis plutôt allé là où les gens essaient de refaire leur existence. Aux endroits où j’ai filmé l’écho de la guerre arrive, on entend sa présence oppressante, ce fardeau si lourd qu’il empêche toute projection dans le futur. J’ai tenté de raconter le quotidien de ceux qui vivent le long de la frontière qui sépare la vie de l’enfer. »

Il en découle de nombreuses tranches de vie, de témoignages parfois très forts, surtout lorsque des enfants se mettent à dessiner l’horreur des atrocités auxquelles ils ont assisté. Des moments-clés profondément marquants qui compensent les quelques longueurs de ce documentaire.

Notturno

Olivier Clinckart

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